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Il était une fois... Anjuna
Les plages de Goa passent pour les plus belles de l’Inde. Un long ruban de
sable où s’écrivent, comme sur un palimpseste, les tendances d’hier et d’aujourd’hui.
Et de plus en plus vite. À tel point que si l’on veut trouver de l’esprit freaks
des seventies, mieux vaut avoir de bonnes bases de paléontologie. Les dinosaures
sont toujours là, dissimulés certes, mais pas du tout égarés, rassurez-vous.
Certains restent plutôt souples et bougent aux rythmes de la techno, secoués
par les mêmes spasmes que leurs fils spirituels, la nouvelle génération au crâne
rasé. -
« Anjuna sera toujours Anjuna », prophétise cette restauratrice
italienne du lieu, tout en me persuadant que sa mozzarella de bufflonne est
100 % made in Goa et que le flea market du samedi à Arpora est beaucoup
plus authentique que le fameux marché local du mercredi. « Oui, oui, viens
nous voir vers 20 h », ajoute cet autre convive, un boucher allemand
bâti comme Obélix, « c’est l’heure où le marché bat son plein. Moi, je
ne vends que du vrai steak. Au début ils étaient tous végétariens ici, mais
maintenant je fais un tabac. Il me fallait trouver une occupation, car après
toutes ces années passées à regarder les couchers de soleil, je commençais à
me fatiguer. » Du coup, je me sens trop affamé pour entamer un débat sur
les originaux et les copies. J’acquiesce et j’avale mon triangle de pizza tandis
que la question du vrai et du toc continue de rouler de table en table, s’arrêtant
tantôt sur les sandales d’un jeune homme ultra-looké, tantôt sur la tunique
imprimée d’une quinquagénaire beaucoup trop bavarde. Et comme mon taylor
n’est pas rich et que je suis surtout venu ici pour me prélasser sur
les plages le moins couvert possible, mon seul souci est maintenant de trouver
un éden de sable et d’eau salée loin de ces problématiques esthétiques et métaphysiques.
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