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Pour arroser la fin de soirée

Pour continuer à boire ailleurs, nous prenons ensuite la rue dite en arabe Charria Saad zaghloul, en direction de Mansheya, et, après la Banque d’Alexandrie, nous tournons à gauche pour atteindre le Cheikh Ali, dit aussi « Le Cap d’Or ». On trouve dans ce bar de l’excellente vodka ; parce qu’ici viennent l’échanger des marins russes désargentés en escale, contre un repas copieux et beaucoup de bière égyptienne. Il y a une salle avec une arrière-salle ; la première consiste essentiellement en un bar, de style nouille en boiserie grisée, mais d’une longueur confortable ; les habitués s’y tiennent. Ahmed est le barman de l’endroit, il est secondé par une sorte de Bourvil local, lequel est assez jeune, mais il ne sait pas compter : on évitera de lui demander l’addition... Les propriétaires sont James (soi-disant...), un Égyptien moustachu, en chemise col pelle à tarte (très Claude François) avec des bagues à tous les doigts. Son frère est un colosse très turc d’allure, qui surveille du dehors les allées et venues, assis sur une chaise sur le trottoir d’en face. Le Bourvil a un jeune frère très facétieux, complètement idiot, au sens naïf du terme. Le jeudi soir, donc le week-end, débarquent comme une troupe de chiens fous des élèves officiers de marine, dont la joie de boire des coups arrive à couvrir les concerts du joueur d’oud (luth égyptien), qui pourtant joue aussi fort que faux. Alors, le patron met de la musique disco. On mange passablement bien au Sheikh Ali ; et surtout bon marché. Des calamars frits ou en sauce piquante (kalamari mahli ou bil sauce), des coquillages (les bivalves : gandofli ; ou les petits couteaux, dits dattes de mer : balah el bahr) ; des petites fritures de poissons fins comme des haricots verts, et qui sont comme nos civelles (mais à dix francs l’assiette), des oursins en saison, des rougets (dire en arabe : rougé), et toutes sortes de salades (dites compliment, c’est-à-dire offertes), de la tahina (crème de sésame), des tomates, du fromage, des concombres avec des oignons rouges émincés... Rapidement, tout le monde parle à tout le monde, et en fin de soirée, une ambiance plus méditerranéenne qu’égyptienne s’installe : on lève les bras, claque des doigts, et des garçons dansent avec des garçons (puisqu’il n’y a pas de fille, mais de toute façon ces couples qui peuvent se former ne participent pas de nos catégories traditionnelles relatives au couple).

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