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Atmosphère du Club Grec Populaire

On peut aller plus tard au Club Grec Populaire ; c’est l’occasion de prendre le tramway, dont les voitures blanches et jaunes relèvent d’une esthétique qui fait songer à Tirana. On va jusqu’à l’arrêt Ibrahimeya , à cinq stations de la gare de départ, qui est Mahattat Ramleh : en français (c’est si joli, si « ungarettien ») : La Gare des sables... Le ticket est à 10 piastres.
Le Club se situe au rez-de-chaussée d’une villa début de siècle tout à fait typique de l’architecture européenne d’Alexandrie. Elle s’élève dans une voie parallèle aux voies du tram, la Charria en Nabbatet (rue des Nabatéens). On grimpe les marches du perron, on salue le portier qui semble dormir à moitié. Puis on pénètre dans une salle tout en longueur qui donne, par une porte-fenêtre, sur le jardin. Le long des murs de cette grande salle s’alignent des tables aux nappes blanches. Dans une plus petite, adjacente, la télévision satellite permet de suivre les actualités d’Athènes. Des hommes âgés y devisent gravement en buvant de l’ouzo. Dans la salle principale, des dames jouent des parties de cartes particulièrement animées ; elles parlent en grec, mais s’insultent préférablement en arabe. Mais ce ne sont pas les seules langues qu’elles pratiquent, ces charmantes mamies grecques, ce que j’appris à mes dépens... Un soir que nous discutions entre amis, installés à une table à portée de voix de la leur, nous nous mîmes à deviser d’éphèbophilie. À propos donc d’un de ces, au moins cinq, sexes d’ici. L’ouzo, la bière et le whisky aidant, mal épongés par quelques calamars frits et des petites salades, on s’échauffait un peu, le sujet s’y prêtant fort, et nous parlions de plus en plus haut et crûment. Cela jusqu’à minuit, lorsque les dames prirent congé, et, passant devant notre table, nous saluèrent de « Bonne soirée, jeunes gens ! », « Bienvenue à Alexandrie », « Amusez-vous bien ! ». Diantre ! Elles parlent français, elles ont tout entendu ! Tout compris ! J’étais mortifié. Mon ami alexandrin ne comprit pas très bien pourquoi : il m’assura que, très vraisemblablement, pas plus que lui-même, ces vieilles dames ne virent quelque mal ou quelque chose à redire au sujet duquel nous débattions. Vraisemblablement, elles durent se dire que, puisque les choses étaient encore ainsi, Cavafy n’était pas mort ? En y repensant, je crois que mon ami avait raison de me trouver baroque.

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