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Siroter l’après-midi

Néanmoins, on parvient à se faire servir par les garçons, dans les restaurants du quartier, de la bière transvasée dans une bouteille d’eau minérale entourée de papier d’aluminium, manœuvre censée rendre la chose discrète - et qui m’a toujours semblé attirer l’attention plus encore... Voire, s’en faire servir dans une théière. Il faudra, pour la blague, la commander sous l’appellation de « thé français » (chaï fransawy).
Il faut donc à Alexandrie se dire qu’il y a un temps pour tout, celui de boire et celui de se restaurer, hormis dans quelques lieux, tels que le Fish Market, sur la corniche, qui est un très bon restaurant de poisson ; de même le Seagull à Mex, le Zéphyrion à Abou Qir et le Samak Mak d’Anfouchi. Mais ce sont des établissements chers, où il y a du vin, et il faut aimer la compagnie de la clientèle bourgeoise. Ils figurent dans tous les guides d’Alexandrie.
Un repaire des Alexandrins qui veulent boire l’après-midi, c’est le bar de l’Élite, rue Safeya Zaghloul. Nous sommes chez Madame Christina, cette dame âgée qui fut très belle, et qui est assise à sa table, celle qui vous fait face lorsque vous entrez, parée généralement de lourds et beaux colliers à l’antique. Elle semble pharaonique, bien que grecque, puisqu’elle connut et reçut dans son établissement Charles Trenet et tout un monde du show-business, avant la révolution nassérienne... Si elle vous connaît ou vous subodore français, elle fait jouer du Claude François et les plus belles chansons de Dalida. On s’installe, après l’avoir remerciée en français, dans l’autre salle, dont deux murs sont des fenêtres, qui donnent sur la rue passante et son spectacle. On évitera d’y manger, sauf deux plats de la carte : des calamars frits (passables, mais les frites sont molles et grasses) et des brochettes de poisson et d’oignons rouges (du mérou, fameux). Il faudra par contre, hélas !, se forcer à manger les feuilletés au fromage (rassis) ou les toasts au gruyère local fondu (qui sent les pieds), « offerts par la maison ». Sauf si l’on compte ne jamais revenir...

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