En attendant, attendre…

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En attendant, attendre…

Ce matin la petite cafétéria aménagée par ma logeuse dans son garage connaît déjà une belle petite file d’attente. Maladie endémique : attendre. Les Cubains passent plus du tiers de leur journée à attendre quelque chose : le bus, l’autorisation d’entrer dans une banque, devant le guichet d’un préposé au service de l’Etat…

Tout ça dans une discipline exemplaire mais sans le moindre bouquin, car à part de la littérature de propagande, les rayons des librairies de la Havane sont déserts. En 15 jours, j’ai parcouru toute la ville et je n’ai pas trouvé trace du moindre livre de philo. Seul un bouquiniste de Centro Habana, planqué dans une ruelle sordide, m’a vendu un exemplaire du Système de la Nature d’Holbach. Un livre imprimé en 1986, du temps où le géant russe perfusait Cuba avec son idéologie matérialiste de peur que l’île ne cède à son penchant pour le christianisme.

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, plus rien n’est édité dans le domaine. Hors de question de donner les moyens de penser sa propre condition. Encéphalogramme plat, esprit critique nanifié, tant et si bien que les Cubains paraissent contraints de tout accepter : la médiocrité du service public, le désengagement de l’État, le manque de saveur des aliments, la fatalité de leurs conditions d’existence, le retour en force de l’argent-roi…

Heureusement, ce peuple paraît disposer d’une incroyable capacité à rire de lui-même, comme en témoigne le nombre impressionnant de spectacles comiques qui illuminent ses soirées de fin de semaine… Quand on a les moyens de se les payer, évidemment !


Texte : Eric Milet. Photo : Eric Milet

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