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La cantine de la rue Qasr el Nile

La cantine de la rue Qasr el Nile

Notre passage préféré dans ce petit périmètre autour de Talaat Harb a une entrée par la rue Bassiouny el Antikhanna, face à l’Automobile Club d’Égypte, un peu plus bas que la librairie de livres anciens L’Orientaliste. Son autre extrémité débouche rue Soliman Pacha, dite aussi rue Qasr el Nile. (On remarquera que les rues du Caire ont souvent plusieurs noms... ce qui ne simplifie rien.) On prendra plutôt par ce bout-là. La première section de la venelle mène au restaurant Le Grillon (où l’on se gardera d’entrer : odeur d’urine de chat, nourriture chère et médiocre, service déplorable), et l'After Eight, bar de nuit comme son nom l’indique, que l’on évitera tout autant - son ambiance rendrait mélancoliques les plus joviaux, voire suicidaires les mélancoliques de nature...

La section intéressante du passage est la partie qui commence à droite, en bas d’une volée de marches, après une échoppe de location de vidéos (kung-fu et mélodrames égyptiens pour l’essentiel), dont les affiches peintes colorent violemment ce recoin obscur. Dans cet embranchement se loge, c’est son principal intérêt, une petite cantine : la nourriture y est copieuse, familiale dans le goût égyptien, c’est-à-dire acceptable, pour un prix dérisoire. Le confort est minimal, il faut se serrer autour de petites tables, on boit tous dans les mêmes gobelets d’aluminium qu’on rince soi-même... ou pas. Le cadre est charmant ; quelques arbrisseaux sauvages y poussent, des vélums plus ou moins bien arrimés et un caoutchouc de taille conséquente protègent, l’été, de la canicule. Et comme le voisin est un fleuriste, des jonchées de roses et de tubéreuses qui servent à la confection d’énormes couronnes donnent une délicieuse odeur à ces lieux. Une conversation avec le patron de la cantine peut se révéler du plus haut intérêt, pour qui entend la langue arabe (car son anglais se limite à « chicken », « rice » et « potatoes ») : c’est un homme curieux de tout, toujours très au fait des événements sociaux - dont la presse ne se fait pas forcément l’écho...
Sinon, cette petite communauté compte aussi un barbier dont les fauteuils font songer aux sièges de dentiste des années cinquante, et qui, après avoir manié le coupe-chou, épile les pommettes de ses client avec un fil qu’il fait tourner contre l’épiderme, et dont il tient une extrémité entre ses dents... Ainsi qu’un café - où, hélas ! la chicha est assez quelconque. Mais l’adolescent qui officie comme cireur de chaussures, outre un sourire magnifique et une noblesse d’allure pharaonique, est un expert dans son art.

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Photo : David Roberts



 


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