Turquie : la Lycie, terre de lumière

Patara, Letôon et Xanthos : voyages dans le temps

Patara, Letôon et Xanthos : voyages dans le temps
Eric Milet

Il y a de cela 2 000 ans, Patara (photo) était le port le plus important de la côte lycienne. Apollon y serait né, de même que saint Nicolas. La plage de sable fin, longue d’une quinzaine de kilomètres, est l’une des plus sauvages de la côte turque. À Patara, pas de complexes hôteliers. La raison ? Ici pond Caretta caretta, la grande tortue méditerranéenne dont le poids avoisine les 200 kilos. Une soixantaine de jours d’incubation est nécessaire pour donner naissance aux jeunes tortues. Pour assurer la tranquillité de ces pondeuses hors normes, la plage est fermée entre le coucher et le lever du soleil.

Il y a quelque chose d’envoûtant à déambuler dans les ruines du Letôon. Le site doit son nom à la déesse Leto, qui y était vénérée avec ses deux enfants Artémis et Apollon, fruits de sa liaison avec Zeus. À l’époque des Lyciens, on y vénérait une divinité féminine des eaux qui fut par la suite hellénisée. Le Letôon n’est pas une ville mais un sanctuaire religieux. Les fouilles ont permis d’attester qu’il était occupé par l’homme à partir de 700 avant J.-C. Le dynaste lycien Arbinas (fin du Ve siècle avant J.-C.) fit édifier les temples dont les piètements émergent aujourd’hui des petits marécages qui caractérisent le site. Construit vers le milieu du IIe siècle avant J.-C., le théâtre est l’un des monuments les mieux conservés.

Xanthos a marqué l’histoire. En 1 200 avant J.-C., Sarpédon conduisait son peuple aux portes de Troie. Hérodote évoque la résistance de ses habitants, unis jusqu’à la mort, dans leur bataille contre le commandant perse Harpagos en 545 avant J.-C. Puis la ville croisa le fer avec l’Athénien Mélessandros, avec Alexandre le Grand, avant de tomber sous la férule des Ptolémée Égyptiens, des Séleucides, des Rhodiens. Xanthos fera face aux catastrophes naturelles : incendies, tremblements de terre. En 42 de notre ère l’empereur romain Brutus l’assiège, mais la population décide de s’immoler plutôt que de se rendre. Marc-Antoine et Vespasien tenteront ensuite de l’asservir. Évêché sous Byzance, Xanthos tombe en décrépitude sous le joug des invasions arabes.

Aujourd’hui Xanthos livre ses ruines écrasées de soleil à la vulgate touristique. Mais il règne à Xanthos, dans le dédale des pierres chamboulées, comme une part d’éternité. Ici résonnent avec force les peines guerrières des âmes qui l’ont défendue.

Texte : Eric Milet

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