Tous ces conquérants ne visaient qu’un seul et même but : contrôler la lucrative route des Indes. Cinglant à bord de leurs grands boutres de haute mer (jahazi), les marins, tels Sindbad, gagnaient la région à la faveur des vents de la mousson du nord-est, soufflant de novembre à avril, et repartaient dans le sens inverse au gré des vents de la mousson d’été. Déclinant au XVIIIe siècle, le commerce retrouva ses lettres de noblesse sous l’égide omanie, lorsque le sultan Sayyid Sayed, las des rivages assoiffés de son enfance, décida de faire de Zanzibar sa capitale. Introduisant le clou de girofle, dérobé aux îles de la Sonde, il réorganisa aussi la traite.
Lamu connut alors son âge d’or, dominant toute la partie nord de la côte swahilie. Des marchands européens s’installèrent. L’embellie fut cependant de courte durée. Dès 1897, les Britanniques, débarqués en force en Afrique Orientale, imposèrent l’abolition de l’esclavage. Lamu, comme toutes les cités swahilies, commença un irrémédiable déclin.
De nombreuses voiles latines gonflées par les alizés flottent pourtant encore sur l’océan. Si les grands voyages se sont pour ainsi dire achevés, le trafic local perdure. Le coprah, les matériaux de construction, les marchandises chinoises ont remplacé ivoire et bois d’ébène.
À Matondoni, sur la côte ouest, à deux heures de marche de Lamu, on fabrique encore des dhows en bois et fibres de cocotier. Les artisans, fiers de leur travail, y accueillent les étrangers d’un repas de riz et de poisson, partagé dans un plat commun et dans la fraîcheur relative de leur case. On regagne ensuite doucement Lamu en ngalawa, ces petites pirogues à balancier à voile héritées des Malgaches, qu’utilisent chaque jour les pêcheurs bajuns. À marée basse, il faut pousser ferme sur la perche pour s’extirper de la mangrove. Mais le temps ne compte guère et la nuit tropicale enveloppe déjà l’île lorsqu’on débarque.