Pérou : Arequipa la blanche

Nicolas Montard
par Nicolas Montard

22 décembre 2008

Nicolas Montard
Une cité pleine de vie au milieu du désert et des volcans. Bon nombre de voyageurs gardent cette image d’Arequipa. La deuxième ville du Pérou n’a certes pas le même rayonnement que les autres sites touristiques du pays (Cuzco, Machu Picchu, lac Titicaca…), mais son architecture coloniale, sa douceur de vivre et ses trois cents jours de soleil annuels en font une étape de charme lors d’un voyage dans l’ex-empire Inca. Arequipa, la « ville blanche », sert également de point de départ vers les treks du canyon de Colca. Elle gagne donc à être connue.
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Des volcans comme gardiens

Nicolas Montard
Imaginez-vous un lundi d’août, quittant la grisaille de Lima. Imaginez-vous dans les airs, en train d’observer par le hublot les vastes étendues désertiques. Imaginez-vous à la sortie de l’avion, sur le tarmac, le souffle coupé par le spectacle qui s’offre à vos yeux : des sommets dont certains enneigés se dressent dans un ciel bleu comme on n’en voit jamais. Un soleil éclatant contrastant avec une température avoisinant seulement les 20 °C. Un hall d’aéroport qui correspondrait en France à un hangar d’aérodrome. Vous êtes à Arequipa, au Pérou.

Près de 800 000 habitants, 2 350 mètres d’altitude, 300 jours d’ensoleillement par an : c’est Arequipa en quelques chiffres. Fondée par des Indiens aymara venus du lac Titicaca, la cité a été développée par les conquistadors espagnols. Ces derniers la considéraient comme un emplacement idéal sur leur route de l’argent reliant les mines de Potosi (actuelle Bolivie) à l’océan Pacifique. Aujourd’hui deuxième ville du pays après Lima, la capitale, Arequipa a connu de nombreux tremblements de terre et éruptions. Tels des gardiens, les volcans El Misti, Chachani et Pichu Pichu, tous trois culminant à près de 6 000 mètres d’altitude, entourent Arequipa, qui constitue une étape parfaite pour s’acclimater à l’altitude avant de découvrir les richesses de l’Altiplano (les hauts plateaux).

Sur la Plaza de Armas

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Un mardi après-midi d’août dans les rues du centre. Ici, ce sont des commerçants qui vaquent à leurs occupations dans leurs minuscules échoppes. Là, c’est un vendeur ambulant qui propose des cigarettes à prix cassés. Un peu plus loin, un policier donne un renseignement à un touriste égaré. Puis, en se retournant vers la Plaza de Armas, les terrasses aux étages tendent les bras. Cette petite Péruvienne offre les siens aux pigeons agglutinés aux pieds de la fontaine centrale. En Europe, on les chasse. Ici, on les nourrit.

Tout autour, le brouhaha est impressionnant. Pas celui des voitures - encore que les chauffeurs des minuscules taxis ont la main greffée aux klaxons -, mais plutôt celui des conversations. On prend le temps de discuter sur la Plaza de Armas. Des échanges animés, mais toujours avec le sourire, qui se prolongent même après le coucher du soleil derrière les sommets. Il a beau faire plus frisquet, l’animation – et la musique, très présente – dure encore une bonne partie de la soirée. Le temps que chacun, touristes compris, ait pris un moment pour dîner et savourer son repas dans l’un des innombrables restaurants de la ville. Savoureux car à Arequipa, on ne se nourrit pas : on déguste l’excellente cuisine locale, composée entre autres de rocoto relleno (piments farcis à la viande, au riz et aux légumes) ou d’ocopa (pommes de terre avec une sauce à l’arachide).

Une architecture coloniale

Nicolas Montard
Ville natale de l’écrivain Mario Vargas Llosa, Arequipa occupe une place à part sur l’échiquier architectural péruvien. Ses constructions, basses pour résister aux séismes, présentent une particularité qui donne tout son charme à la cité et lui vaut le surnom de « Ville blanche ». Elles sont bâties en sillar, une roche volcanique très claire. Le soleil scintillant sur les pierres donne ainsi une ambiance toute particulière à la ville. D’ailleurs, ses habitants se plaisent à dire que lorsque la Lune s’est séparée de la Terre, elle a oublié d’emmener Arequipa.

La Plaza de Armas offre un résumé de ce qui s’est fait de mieux dans la deuxième ville du Pérou. De longs bâtiments coloniaux aux balcons à colonnades occupent trois côtés de la place centrale. Le quatrième accueille sur toute sa longueur l’immense cathédrale qui possèderait les orgues les plus grandes d’Amérique du Sud.

Passé colonial oblige, Arequipa détient d’autres joyaux religieux. À deux pas du cœur de la ville, l’Iglesia de la Compania, édifice jésuite, séduit à la fois par sa façade magnifiquement ciselée et son maître-autel recouvert de feuilles d’or. Mais le clou du spectacle architectural se trouve un peu plus au nord. Au détour d’une rue, on découvre le Monasterio de Santa Catalina. Ce couvent, d’une superficie de 20 000 m2, est une invitation à la détente et à la flânerie entre les nombreuses ruelles, places ou placettes et cages d’escaliers aux couleurs blanches, ocre et indigo.

Au fil de la balade, on peut également s’attarder devant d’autres demeures coloniales (Casa de Moral, Casona Iriberry). Et surtout chercher le Museo Santury. Une visite guidée permet, après quelques cours d’histoire inca et une présentation d’objets d’époque, de découvrir l’un des patrimoines qui fait le plus la fierté des Arequipéens : la momie Juanita, Princesse des glaces. Sacrifiée du haut du volcan Ampato, à quelques dizaines de kilomètres d’Arequipa, voilà cinq cents ans, la jeune fille Inca a été parfaitement conservée par les glaces avant sa découverte dans les années 90. Une rencontre impressionnante…

Au canyon de Colca

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L’autre joyau de la région d’Arequipa se situe à six heures de bus local. À deux cents kilomètres de la deuxième ville du Pérou, le canyon de Colca attire chaque année de nombreux touristes. Pourtant, en s’organisant bien, on ne ressent pas cette présence. Et on se perd agréablement dans le silence surprenant d’une nature de toute beauté.

Deuxième canyon le plus profond du monde après son voisin du Cotahuasi, celui de Colca, long d’une centaine de kilomètres, constitue un bon entraînement avant de s’attaquer aux treks en altitude de l’Altiplano (Chemin de l’Inca autour du Machu Picchu notamment). On aurait cependant tort de le résumer à un trek d’acclimatation : y passer quelques jours est un véritable enchantement. Sur ses pentes se déploie un paysage grandiose composé de roches et de cactus. Au fond du canyon, la végétation, parfois presque tropicale, et les petits villages déserts paraissent irréels.

Les contacts avec la population locale font aussi partie du charme des lieux. Passés les guides qui se proposent de vous accompagner (pas nécessaire, si vous n’êtes que deux, essayez plutôt de vous joindre à un autre couple), on croise sur les pentes de nombreux Péruviens marchant à un rythme défiant toute concurrence. Accompagnés ou non de mules, ils ravitaillent le fond du canyon à pied, aucune route n’y accédant. Puis, en bas, vers San-Juan-de-Chucho par exemple, ce sont des femmes en costumes traditionnels colorés qui viennent à la rencontre des voyageurs pour leur proposer le gîte et le couvert pour la nuit. Là, il ne faut pas s’attendre au confort d’Arequipa. Au même titre que les routes, l’électricité n’a pas le droit de cité au fond du canyon. Éclairage à la bougie ou à la lampe torche, cuisine au feu de bois, c’est une vie d’un autre âge qui s’offre aux yeux dans une obscurité tout juste perturbée par les étoiles.

Condors et marchés péruviens

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Si le canyon de Colca se trouve à six heures de bus d’Arequipa – bien qu’il soit possible de prendre des transports plus rapides, mais plus chers -, la durée du voyage ne doit pas rebuter. Dans le sens du retour vers Arequipa, les paysages, tantôt désertiques, tantôt verdoyants, sont à couper le souffle. Votre périple vous conduira à un col situé à plus de 4 800 mètres d’altitude (mâcher des feuilles de coca aide à passer ce cap).

La croix du Condor mérite une halte. Très touristique, l’esplanade aménagée accueille chaque matin des flots de bus et de taxis venant de Chivay à quelques dizaines de kilomètres de là. Le spectacle du vol des condors au-dessus des parois rocheuses est impressionnant. Dans le village de Chivay à mi-parcours, le grand marché du centre-ville vaut le détour pour ses textiles, sa nourriture et bien sûr son artisanat. Les sources d’eau chaude voisines permettent de se délasser après plusieurs jours de marche. Une véritable oasis au milieu du désert. La lune a bien fait d’oublier Arequipa et sa région sur terre…

Infos pratiques

Nicolas Montard
Se déplacer

Il n’y a pas de ligne directe Paris-Arequipa. Une fois arrivé à Lima, prendre une correspondance pour Arequipa (un peu plus d’une heure de vol avec Lan Peru).
De l’aéroport au centre-ville d’Arequipa, vous pouvez prendre un taxi ou demander à votre hôtel de venir vous chercher (service compris dans le prix de votre chambre).

Pour se rendre dans le canyon de Colca, vous avez trois possibilités : soit via une agence de voyages avec un véhicule touristique, soit avec un taxi loué à Arequipa, soit par bus local, plus long, mais plus authentique. Par ce dernier moyen de transport, le trajet dure six heures (pannes moteur non comprises) et coûte environ 3,5 €. Deux compagnies assurent notamment le transport dans de bonnes conditions « péruviennes » : Andalucia et Reyna (réservez la veille ou l’avant-veille au terminal terrestre).

Où dormir ?

À Arequipa, l’hôtel Nueva Espana est un bon compromis entre prix et qualité. Située à quelques minutes de la Plaza de Armas, cette ancienne maison coloniale possède treize chambres soignées avec eau chaude à l’énergie solaire. Les propriétaires, une famille franco-péruvienne, ne manqueront pas de vous donner tous les bons plans pour la suite de votre parcours (Christian, le Français de la maison, s’occupe en parallèle d’une agence de voyage). Le petit déjeuner, sur la terrasse, offre une vue sur El Misti… (environ 23 € la nuit, hostel-nuevaespagna.com.pe).

Dans le canyon de Colca, plusieurs possibilités de logement sont proposées au randonneur. La plus connue, l’Oasis, est apparemment victime de son succès avec de nombreux vols et un service qui se détériore. Plus loin, à San-Juan-de-Chucho, El Roy est une excellente pension en dortoirs, très propre et avec une excellente cuisinière, Domitila (2,5 € la nuit).

Où manger ?

Les picanterias et autres bons établissements ne manquent pas à Arequipa. Le restaurant Zig Zag (Calle Zela) propose des fondues et des plats de gibier sud-américain de bonne facture dans un cadre très agréable.
À Canabaconde, juste avant de commencer le trek, n’hésitez pas à vous restaurer à la Valle del Fuego. Les repas y sont copieux.
Au fond du canyon, vous mangerez certainement dans la pension qui vous logera. Vous trouverez d’autres cantines dans les villages traversés.

Altitude et condition physique

Arequipa se trouve à 2 300 mètres d’altitude. Il faut donc penser à ralentir le rythme en arrivant afin de vous adapter à l’altitude et mâcher quelques feuilles de coca ou boire du mate (thé) de coca.
À Canabaconde, point de départ du trek, l’altitude est de 3 290 mètres. Marcher lentement permet de s’adapter à l’altitude.
Des guides vous proposeront leurs services pour la descente dans le canyon. Sachez que ce n’est pas nécessaire, les sentiers étant assez simples à suivre et les rencontres de locaux régulières en cas d’hésitation. Partez si vous le pouvez à quatre pour plus de sécurité. Une bonne condition physique est nécessaire pour remonter vers Canabaconde une fois au fond du canyon (environ 1 000 mètres de dénivelé). Prévoyez suffisamment d’eau et d’argent (aucun distributeur de billets à Canabaconde). Une protection solaire est impérative à cette altitude.

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