Trente chambres sans électricité avec vue sur l’infini
Jour et nuit vue sur le ciel : manifestement, c'est ce qu'a voulu
Mounir Neamatalla. L'hôtel que cet Égyptien raffiné a édifié, l'Adrère Amellal
(« montagne blanche », en berbère), réunit les conditions. Bâti en
plein désert libyque, à quinze kilomètres de la « capitale »
de l'oasis de Siwa et à huit heures de bonne route du Caire, ce que les
Anglo-saxons appellent un ecolodge est un palais de mille et une vraies
nuits, sans électricité. À partir de cette idée simple, Mounir s'en est donné
à cœur joie. Les trente chambres dessinent en réalité tout un village traditionnel
en terre (en karshif, mélange de terre, de pierres et d'eau salée, parfois
enduit d'argile ocre et lisse), avec ses ruelles, ses terrasses, ses passerelles,
ses escaliers. Le village est adossé à la « montagne blanche », un
escarpement calcaire comme il y en a beaucoup à Siwa. Mounir a fait élargir
l'étroit sentier qui menait à son sommet. De là-haut, toute l'oasis se découvre,
et au-delà, tout le désert. Et en contrebas, le village borde l'un des trois grands
lacs de l'oasis, d'eau salée et bleue comme une mer. Vue sur le ciel, certes.
Mais aussi sur un panorama de terre grandiose et vierge, splendide et pure comme
si l'homme avait eu le bon goût de ne pas naître.