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Les deux visages de N’Gor

Les deux visages de N’Gor

Située à quelques minutes de l’aéroport en taxi, l’île de N’Gor a tout pour plaire. Calme, indolente et ombragée, elle offre un espace de bronzette et de balade qui convient aussi bien aux touristes qu’aux Dakarois en quête de détente. Idéal pour faire des rencontres en maillot de bain...

Avant l’arrivée des colons français, l’île de N’Gor était inhabitée. Seules quelques chèvres élevées par des pêcheurs lébous musardaient sur un territoire « interdit », patronné par un mauvais génie (un peu comme sur la Madeleine). À la fin du XIXe siècle, les militaires français établirent des camps stratégiques sur la pointe nord-ouest, dont on peut encore voir les ruines. Les blocs de béton décrépis qui parsèment la côte nord sont également des restes d’installations militaires.

Avec le développement du tourisme au Sénégal, N’Gor s’est découvert un nouveau visage et accueille plus de cent mille visiteurs par an. Facile d’accès (cinq minutes à peine de pirogue), elle n’est habitée à l’année que par quelques dizaines de résidents. Les ateliers d’artistes et lieux d’exposition ont essaimé partout : toiles, sculptures, batiks (système de teinture complexe à base de cire fondue), murs de ciment peinturlurés ou recouverts d’haïkus plus ou moins politisés, tout est prétexte à l’expression artistique. Les ruelles serpentent sur l’île au milieu des cottages ceinturés de murs en pierre ou (plus souvent) en béton. On peut facilement louer l’une de ces maisons, de la villa grand luxe avec piscine au baraquement aménagé style mobile-home.

Les plages sont petites, mais idéalement situées ; orientées plein Sud, elles donnent sur un plan de mer protégé par des barrières rocheuses. De l’autre côté de l’île en revanche, l’océan ne fait pas de cadeau. Des roches noires polies ou déchiquetées par les déferlantes protègent la baie de N’Gor-village. Quelques surfeurs se risquent dans la zone où se cassent les vagues ; un jeu casse-cou réservé aux experts… On ne saurait trop vous conseiller de venir à N’Gor en semaine. Les touristes y passent souvent leur dernier week-end et les étudiants sénégalais l’envahissent pendant leurs vacances. Sans parler des Français expatriés qui en ont fait leur lieu de prédilection pour le farniente. Certains dimanches, le moindre centimètre carré de sable est revendiqué et les cabanons à grillades ne désemplissent pas.

Une autre particularité de l’île de N’Gor : il n’y a pas d’électricité, seuls quelques panneaux solaires et groupes électrogènes produisent un peu de courant. Boubacar, un résident, est catégorique : « L’électricité, on n’en veut pas ! Pas de télé, pas de réverbères, juste quelques lampes dans la pénombre, c’est comme ça qu’on aime notre île ». C’est un peu pour ça que N’Gor dénote dans le paysage. À bâbord, l’hôtel Diarama, vestige austère des débuts de l’ère touristique au Sénégal. À tribord, le Club Med, qu’on ne présente plus. Au milieu, le village de pêcheurs, avec par endroits ses allures de bidonville. L’île est comme un trait d’union entre la zone touristique et les quartiers populaires, un des rares endroits où les deux mondes se côtoient, le temps d’un week-end. Une vision idyllique ? Peut-être...

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Photo : Cédric Rousseau



 


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