Les îles de la Madeleine, un parc national à protéger
Les amateurs de calme et de nature à l’état brut seront comblés par l’aspect hostile de cette île d’origine volcanique. Imaginez un morceau de brousse de 700 m de diamètre, jeté à 4 km des côtes, bien forcé de s’adapter à l’action conjuguée des vents et de la mer. Le résultat est cet archipel inhabité, sauvage, propice à la randonnée aussi bien qu’à la méditation ou à la baignade. La seule île qui se parcourt à pied est l’île aux Serpents. Son nom provient d’un militaire français exilé, Sarpan, que les Lébous voisins ont transformé en Serpent à cause des quelques couleuvres qui logent sur l’île.
L’archipel de la Madeleine est, avant toute chose, le royaume des oiseaux. Plusieurs espèces y ont des espaces de nidification : grands cormorans, balbuzards pêcheurs et phaétons éthérés, que l’on aperçoit tout autour de l’île. Les mères couvent leurs petits sous des rochers répertoriés (à observer avec précaution !). Les plus impressionnants sont sans doute les faucons pèlerins et les milans noirs. Ces rapaces juchés sur des rondins donnent un faux air de western à la façade est de l’île.
Côté végétation, le baobab nain est l’un des rares arbres capables de résister aux vents. Il rampe sur le sol à la recherche d’eau, sans grand succès puisqu’il n’existe aucune source sur ce rocher. Notez que l’un des plus grands baobabs nains d’Afrique de l’Ouest a commencé à pousser ici voici plus de cinq cents ans… Pendant la saison sèche (de novembre à juin), l’île est recouverte de paille et de terre rouge. Les tons ocre et brique dominent. À la saison des pluies, elle enfile un manteau vert et quelques fleurs peuvent enfin apparaître.
La Madeleine a toujours eu mauvaise réputation. Elle fut surnommée « île de Merde » par les premiers colons français (le coulis de guano recouvre les rochers telle de la crème chantilly). Les pêcheurs lébous vivant au nord de Dakar lui ont attribué un génie protecteur. Un marabout venait régulièrement communiquer avec ce monde invisible et s’assurer de la bienveillance du génie. Au pied de l’un des baobabs (arbre sacré au Sénégal qui renferme l’esprit des ancêtres), on découvre une sorte de petit cairn circulaire. Rien de préhistorique : il s’agit en fait d’une mosquée dont ce marabout débuta la construction, et donc de l’unique lieu de culte de la Madeleine.
En fin de parcours, la baignade autour du plan d’eau, juste à côté de la digue d’embarquement, est un autre grand moment de communion avec les éléments. La mer pourvoit une petite cuvette gorgée de poissons multicolores, encerclée de rochers noirs (attention aux oursins) et d’une mini-plage à l’abri du vent.