S’il existe de nombreuses options de trajets au
sein du lacis de cours d’eau du Kerala, la plupart des excursions en bateau,
qu’elles soient courtes (quelques heures) ou plus longues (jusqu’à quelques
jours) se déroulent essentiellement dans la région du lac Vembanad, dont les
flots s’étendent sur les districts d’Alleppey, de Kottayam et d’Ernakulam.
Les quatre-vingts kilomètres qui relient Quilon (ou Kollam), l’un des plus
anciens ports de la côte kéralaise à Allepey (ou Allaphuza), la « petite
Venise de l’Est », comptent certainement parmi les circuits les plus
fameux. Sur le trajet, on découvre quelques-uns des plus étonnants paysages
qui soient, où l’eau, la terre et le ciel se mêlent et se confondent. Après
avoir embarqué à bord d’un joli bateau ventru, il n’y a plus qu’à se laisser
glisser paisiblement au fil de l’eau et à profiter du cinémascope, sur une
rive ou sur l’autre, dans les rizières et dans les flots, en profitant de
la bise légère créée par la lente progression de l’embarcation. Que l’on choisisse
l’un des fauteuils en osier ou le moelleux matelas et les coussins, le confort
est juste parfait et la distance d’avec les gens suffisante pour qu’ils ne
soient pas trop incommodés par le passage de ces bateaux touristiques, heureusement
peu nombreux sur les canaux les plus étroits. Au cours de la journée, on croisera
aussi bien un pêcheur sur sa barque qu’un camion bariolé traversant un canal,
paisiblement amarré sur plusieurs frêles canots ou encore de lourdes barges
transportant riz, coprah ou coir (fibre de coco) et également des bateaux-bus.
La faune n’est pas absente du tableau et l’on est ébloui par une nuée de libellules,
un kingfisher coloré, un buffle paresseux immergé jusqu’au yeux. Hérons,
martins-pêcheurs et autres aigrettes s’envolent et se posent au gré du vent…
Sur le rivage, les habitants vont et viennent, vivent, recueillant de l’eau
à l’aide d’une cruche ou battant le linge au bord du canal. Les enfants jouent
dans l’eau, les adultes y prennent leur bain. À certains endroits pointent
des filets chinois aux énormes bambous, à d’autres le gopura d’un temple hindou,
le minaret d’une mosquée ou encore la flèche d’une église. Vers la fin d’après-midi,
les cocotiers se reflètent dans les flots et les couleurs se font de plus
en plus chatoyantes, fauves, puis s’estompent pour laisser place à la nuit
noire. Le long des rizières ne résonnent plus alors que les cris des criquets
et des grenouilles et la nature s’allume, de çà de là, des flammes de bougies
ou de lampes à huile. Le temps semble avoir comme suspendu son vol !