Tout le long de la côte de Malabar, s’enfonçant
parfois assez loin dans les terres, un réseau de lagunes, de lacs, de rivières
et de canaux constitue une formation géologique unique. Ces lagunes se formèrent
sous l’action conjointe des vagues et des courants qui créèrent une barrière
d’îlots à l’embouchure des fleuves, obligeant les habitants de la région à
développer un mode de vie adapté à ce milieu particulier. Avec cinq grands
lacs et environ 1 500 km de voies d’eau alimentées par une quarantaine
de rivières serpentant vers la côte depuis les ghâts occidentaux, la région,
étendue sur plus de 200 km² est connue sous le nom de backwaters. Comme il est possible de relier de nombreux endroits sans mettre pied
à terre, cet important dédale aquatique servit de tous temps au transport
des marchandises, notamment à l’époque où le transport ferroviaire ou routier
était trop onéreux, voire impossible. Les embarcations utilisées, les kettuvalam,
des house boats typiques du Kerala, sont réalisées en planches
de bois liées par des cordes en fibre de coco, recouvertes d’un toit de bambous
et de feuilles de palme, enduites d’huile de noix de cajou pour l’isolation.
D’après leur nom (« maison-bateau ») on devine qu’en plus de véhiculer
des marchandises, elles peuvent accueillir les hommes et il est vrai qu’à
l’époque où les backwaters étaient d’importants réseaux commerciaux,
ils y passaient souvent plusieurs jours, y dormant et y cuisinant. Aujourd’hui,
si les canaux du Kerala servent toujours à transporter des biens marchands,
ils représentent aussi l’attraction touristique majeure de la région et, sur
de beaux kettuvalam équipés pour les accueillir (avec chambre(s), cuisine
et petit salon), ce sont aujourd’hui surtout les touristes qui circulent sur
le dédale de voies d’eau ! Il faut reconnaître que l’invitation à se
laisser lentement dériver, au fil des flots, sous l’arcade céleste et sous
la voûte des cocotiers est plutôt tentante. C’est une occasion unique de découvrir
un paysage d’une rare beauté, avec de vastes étendues d’eau recouvertes par
endroits de fleurs aquatiques (lys, jacinthes et lotus), des rizières dans
lesquelles barbotent buffles, oiseaux et échassiers et de modestes maisons
bâties sur d’étroites bandes de terre, occupées par des hommes et des femmes
dont le mode de vie s’adapte à ce milieu particulier.