Une population qui renoue avec son histoire

Une population qui renoue avec son histoire

« Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Harlem était le centre du monde », explique avec emphase le révérend Livingston. « La musique, la peinture, mais aussi la littérature américaine de cette époque sont nées au cœur de ce quartier. » Pendant vingt ans, l’endroit ressemblera à un coin de paradis. « Surtout, pour nous autres Noirs, qui souffrions encore partout ailleurs de la ségrégation », confirme l’homme d’église. Ce sera l’époque bénie du Cotton Club et de l’Apollo Theater : du jazz et du « black spirit renaissance » !
Mais la guerre des gangs gâtera tout. Dès 1940, le milieu met en effet ce quartier très argenté en coupe réglée. Les boîtes de nuit et les casinos passent sous le contrôle de la mafia. Harlem ne se remettra jamais de cet épisode, dont Chester Himes a raconté le menu détail dans les aventures de son inspecteur Fossoyeur (le choix du nom n’était pas innocent).
Aujourd’hui une mosquée a remplacé le casino. Et l’endroit d’où Malcolm X appelait ses frères des Black Muslims à se révolter contre le système raciste, qui prévalait avant l’adoption du Civil Rights Act de 1964, s’est lui aussi transformé en lieu de culte.

« La population de Harlem renoue avec son histoire », explique Sylvia Woods qui tient sans doute le plus célèbre restaurant de Harlem (le Sylvia’s). En redécouvrant ses origines dans des institutions aussi importantes que le Museo del Barrio, seul musée des États-Unis à se pencher sur la culture multiethnique de Harlem, mais aussi au Black Fashion Museum qui fête cette année son 21e anniversaire.
« Ces établissements jouent un rôle fondamental dans la renaissance de Harlem, ils permettent aussi de retisser les liens sociaux entre les habitants de la cité », reconnaît Ralph Lawrence qui s’est longtemps occupé d’urbanisme à la mairie de New York.
À cet égard, le prochain transfert du Musée d’Art africain de SoHo vers Harlem – où il devrait s’installer à l’angle de la 110e rue et de la 5e avenue, face à la statue de Duke Ellington, qui vécut non loin de là –, représente bien évidemment tout un symbole.


Photo : Baudouin Eschapasse



 

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