“ Attention travaux ! ” Au-delà de la 110e rue,
le panneau est sur toutes les façades. En cette fin de journée d’avril, Harlem
grouille d’ouvriers. La quasi-totalité des immeubles de Malcolm X Boulevard
est en cours de réhabilitation. Les maisons effondrées d’hier sont désormais
couvertes d’échafaudages. “ Avant, on prétendait que la particularité de
Harlem était d’avoir une église tous les cinq pas. Aujourd’hui, c’est plutôt
un chantier à chaque coin de rue ! ”, plaisante Rose, qui habite le
quartier depuis 1972. “ À l’époque, la mairie offrait les titres de propriétés
à ceux qui osaient s’installer dans le district, c’est ainsi que nous avons
récupéré notre petite maison, poursuit ce petit bout de femme de 71 printemps.
C’était une ruine, la rue entière ressemblait à un champ de bataille. Regardez
autour de vous aujourd’hui. Ne trouvez-vous pas que l’endroit a changé ? ”
Comme Rose, un grand nombre d’habitants de Harlem ne reconnaissent pas le quartier.
Zone sinistrée, quasi-abandonnée par la municipalité au moment de la crise des
années soixante-dix, le coin nord de New York revit. Les commerces se
multiplient, les restaurants prospèrent, les gens marchent à nouveau dans la
rue sans crainte. “ C’est une sorte de miracle, quelque chose comme une
résurrection ! ” reconnaît John, au sortir de l’église (la bien nommée
Salvation and Deliverance Church).
À la fois rassurés par la baisse de la criminalité et contraints de quitter
la partie basse de la ville (ce célèbre “ downtown ”) en raison de
l’augmentation folle des prix (une chambre de 12 m2 peut désormais
atteindre l’astronomique loyer de 1 000 $ par mois !), les New-Yorkais
redécouvrent les charmes de ce qui fut au début du XXe siècle le
joyau de Big Apple.