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Les Terres de décembre, voyage en Patagonie chilienne

Olivier Page

Éditions Lucien Souny (208 pages)

Les Terres de décembre, voyage en Patagonie chilienne - Olivier Page
À quoi reconnaît-on un bon récit de voyage ? À la subtile alchimie entre l’observation objective, dans un souci de vérité et d’exactitude, et le récit subjectif, qui laisse la part aux impressions de l’auteur. Comme tout voyage, le carnet de route suppose un déplacement dans l’espace, mais aussi un cheminement intérieur tout aussi important. C’est à la fois un journal intime et un reportage qui doit éviter deux écueils : l’impressionnisme et l’impersonnel.
Les Terres de décembre (d’après le nom que Magellan donna au Chili) d’Olivier Page, rédacteur au Routard, est sans doute un modèle du genre. Ce bref récit raconte un voyage en solitaire, à pied et en bus, le long de la Ruta 7, plus connue sous le nom de Carretera Austral, qui se déploie dans l’une des dernières régions vierges de notre globe : la Patagonie chilienne. Le périple d’Olivier Page débute à Puerto Montt pour s’achever 1 200 km plus au Sud, à Villa O’Higgins.
En chemin, il traverse forêts, montagnes, glaciers et fjords, croise les fantômes d’illustres voyageurs (Magellan, Bruce Chatwin, Antoine de Tounens, Saint-Exupéry…) et, surtout, rencontre des gens aussi fascinants que la terre, hostile rappelons-le, qu’ils ont choisi d’habiter : le grand écrivain chilien Francisco Coloane, des Indiens Mapuche en lutte pour sauvegarder leur culture, des communautés celtes du bout du monde ou le milliardaire écolo Richard Tompkins qui a créé l’une des plus grandes réserves naturelles du monde.
Olivier Page est bien différent de ses illustres prédécesseurs qui se sont élancés sur les routes de Patagonie. Il n’est ni Chatwin, le génial affabulateur, ni Paul Théroux, l’atrabilaire des wagons-lits. Nulle hypertrophie du moi chez lui, mais plutôt un côté fureteur au fil du temps et des kilomètres avec un véritable appétit de l’autre. On le sent tour à tour intrigué, déboussolé, émerveillé, touché, exalté, bouleversé même, par cette Patagonie qui le dépasse. Et, en même temps, il nous livre un portrait balancé de cette terre des antipodes, que l’on dévore comme un reportage. Car, une fois le livre fermé, on en aura appris un peu sur Olivier Page, mais beaucoup sur les terres de décembre. C’est pour cela sans doute qu’il faut embarquer pour son voyage en Patagonie chilienne.

Jean-Philippe Damiani
Mise en ligne le 15 octobre 2007




 


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