Patagonie Express

Auteur : Paul Théroux

Editeur : Éditions Grasset

510 Pages

Patagonie Express

Imaginez qu’en prenant le métro un matin d’hiver, vous entamiez un long voyage conduisant au bout du monde. C’est ce qui est arrivé à l’Américain Paul Théroux, authentique écrivain voyageur, à l’hiver 1978. Déprimé par le froid, le romancier, vivant alors à Boston, a mis le cap vers le Sud, direction la Patagonie, en voyageant exclusivement par le train. Patagonie Express est le récit de l’étonnante odyssée ferroviaire de plusieurs mois qui l’a conduit à travers les États-Unis, le Mexique, l’Amérique centrale, la Colombie, le Pérou, la Bolivie pour finir dans l’extrême sud argentin. En prenant des wagons de luxe ou d’éreintants tortillards dont le nom fait rêver, Lake Shore Limited, Aztec Eagle, Pacific Railway, Expreso de Sol, Panamericano, Estrella del Norte…
N’attendez pas de Théroux une naïveté béate teintée d’exotisme. L’homme possède une plume trempée dans l’acide et un sens aiguisé de l’observation. De fait, le lecteur se demande si ce voyageur n’est, en fin de compte, plus attiré par le voyage que par sa destination, en l’occurrence Esquel, Patagonie, autant dire le vide. « Nulle part est un endroit », conclut l’auteur, dont le périple, loin de tout repos, conduit à de nombreuses désillusions. Que croise-t-il le long de la voie ferrée ? Vulgarité texane, désordre et saleté au Mexique, médiocrité confortable du Costa Rica, néocolonialisme américain au canal de Panama, extrême misère des enfants en Colombie, « routards » bien peu soucieux des Péruviens à Cuzco… Pas étonnant que l’auteur choisisse souvent de se plonger dans un bon livre au cours de son voyage.
On l’aura compris, Paul Théroux appartient à cette famille de voyageurs plus enclins à emporter leur esprit critique qu’une crème solaire dans leurs bagages. « Pourquoi suis-je parti ? » se demande-t-il. Et oui, la route, ce n’est pas qu’une partie de plaisir. Notre voyageur le sait bien. Mais son périple le conduit aussi à des rencontres magiques, comme Jorge Luis Borgès à Buenos Aires. Paul Théroux se rend dans l’appartement du génial auteur de Fictions, devenu aveugle, pour lui faire la lecture. Beau moment, même si l’on regrette, par ailleurs, la timidité (ou l’aveuglement) de l’auteur envers l’horrible dictature des généraux en Argentine. Parfois irritant, éminemment subjectif et personnel, ce Patagonie Express, entre journal intime et carnet de voyage, vaut le détour, car Théroux écrit cartes sur table. Son récit est à mille lieues des clichés des revues sur papier glacé et des flûtes de pan des tours-opérateurs. Il est à l’image du voyage, donc de la vie. Ouvert et sensible à tous les vents, les bons comme les mauvais. En voiture !

Texte : Jean-Philippe Damiani

Mise en ligne :

Je commande ce livre

Les articles à lire