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Le Livre des jours


Michael Cunningham

Éditions Belfond (360 pages)

Le Livre des jours - Michael Cunningham

Après les triomphes des magnifiques La Maison du bout du monde et Les Heures, Michael Cunningham était attendu au tournant. À première vue, Le Livre des jours semble reprendre la structure des Heures : trois époques, trois histoires qui se répondent et un écrivain, le poète Walt Whitman, comme lien entre les récits. Mais, très rapidement, le nouvel opus de Cunningham surprend : avec Le Livre des jours, l’écrivain n’a pas cédé à la facilité, ni à la limpidité.
Son roman contient trois contes, semés d’indices (noms, objets, vers…), qui se déroulent à New York. Le premier retrace le destin à la Dickens d’un gamin irlandais qui, à l’époque de la révolution industrielle, reprend le boulot de son frère, tué par une machine à l’usine ; le second nous plonge dans une affaire d’enfants terroristes qui commettent leurs attentats à deux pas de Ground Zero en citant du Walt Whitman ; enfin, dans le troisième récit, un robot humanoïde part à la recherche de son créateur, dans un Manhattan peuplé de robots, d’humains et de lézards-aliens. Vous avez dit hétéroclite ?
Roman social, polar, science-fiction… On trouve de tout dans ce BHV littéraire et le talentueux Michael Cunningham excelle dans tous les genres. Son Livre des jours fascine, déconcerte et, parfois, irrite. C’est une œuvre sombre, désenchantée et énigmatique qui, à la manière des romans de J.G. Ballard, fait écho aux angoisses contemporaines (terrorisme, insécurité, inégalités sociales, sexe…) entre critique sociale, récit d’anticipation à clé et roman de genre. Partout domine le sentiment du danger, mais aussi du lien entre les vivants et les morts, tandis que New York semble le centre d’un monde qui va à sa perte.
Cunningham a la politesse de ne nous asséner aucun message. On cherche un lien, un sens caché, indicible, derrière l’hétérogénéité : peut-être la nostalgie d’un paradis perdu, celui de l’Amérique d’avant la révolution industrielle. Et, récurrente au fil des pages, la figure ambiguë de l’animiste Walt Whitman, l’auteur chaman de Feuilles d’herbe, vient nous rappeler que, dans le réel, même le plus sordide, tout est matière à poésie. Pour qui sait déchiffrer les signes…

Jean-Philippe Damiani
Mise en ligne le 18 mai 2006




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