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Conversations à Buenos Aires

Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato

10/18 (184 pages)

Conversations à Buenos Aires - Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato
« C’est la plus grande création de la littérature fantastique. » Diable, de quoi parle donc Jorge Luis Borges ? De Dieu... C’est l’une des nombreuses répliques qui émaillent les sept conversations ici évoquées. Dans ce court et vif ouvrage, nous nous retrouvons plongés dans cette Argentine littéraire qui a su se trouver une identité malgré de nombreuses embûches. D’ailleurs, l’entretien retranscrit dans le livre s’est déroulé à la veille du coup d’État de la clique Videla. Remontons dans le temps et retrouvons-nous à la table de Borges et d’Ernesto Sabato, entre le 14 décembre 1974 et le 15 mars 1975. C’est l’été. Les deux grands écrivains ont accepté d’échanger devant témoins leurs points de vue sur tous les thèmes qui leur plairont. C’est le journaliste Orlando Barone qui a eu l’idée de cette rencontre inédite. Fort sérieux, mais sans esprit de sérieux, les deux hommes font assaut d’intelligence. Ils exposent évidemment leur conception de la littérature, avec le « Quichotte » comme référence absolue. Sabato explique comment il écrit un roman, Borges de quelle manière il couche sur papier l’un de ses « songes », autrement dit un conte. Tous deux laissent également courir leur imagination au sujet du cinéma, des noms de rue, des langues parlées, de la musique – Borges dit ne pas aimer le bandonéon et confie avoir pleuré en écoutant du blues. Seul thème volontairement rejeté : la politique, du moins celle de tous les jours, dont les effets secouent alors leur pays. Ils abordent cependant la question par le haut, raillant la Raison. Sabato : « Chaque fois que les théoriciens invoquent l’homme avec un H majuscule, il faut se mettre à trembler : ou bien on guillotine des milliers d’hommes avec une minuscule ou bien on les torture dans des camps de concentration. » Borges : « Je ne sais plus quel écrivain a dit : “Les idées naissent douces et vieillissent féroces.” » Puis les voilà qui parlent de bouddhisme, de H.G. Wells et ainsi de suite...

Michel Doussot
Mise en ligne le 23 février 2005




 


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