Voici un voyage littéraire de plus de mille pages ! « Ce travail a duré longtemps » note humblement Daniel Roche dans ses remerciements. En lisant cette somme livresque consacrée à la mobilité sous tous ses angles (historiques, sociaux et culturels) dans l’Europe du XVIIe au XVIIIe siècle, on ne peut s’empêcher de songer à l’écrivain Bruce Chatwin. L’auteur d’En Patagonie qui avait pour ambition de faire l’anatomie de l’errance. Il aurait apprécié cette magistrale méditation sur l’apparition de la civilisation nomade et ses répercussions. À l’instar de Chatwin, Daniel Roche oppose la pensée de Pascal où tout le malheur de l’homme provient de ce qu’il ne sait pas rester à sa place à celle du nomadisme pédagogique de Rousseau. L’auteur d’Humeurs vagabondes met en scène, au fil des siècles, partisans et adversaires du déplacement, accompagnés des arguments et citations des uns et des autres. À Kant qui conseille de voyager dans son fauteuil et dans les livres, Baudelaire répond que « les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent ». Au débat sur l’utilité des voyages viennent s’ajouter de nombreuses autres réflexions comme le contrôle des hommes en déplacement (passeport, identité, etc.), la nécessité de se confronter à l’ailleurs habité par l’étranger, l’hospitalité de la mythique auberge, ainsi que le mobile du voyage. Un débat comme le souligne l’auteur dans sa conclusion qui « concerne tout le monde » et qui « peut orienter l’avenir de la civilisation aujourd’hui comme il l’a fait autrefois ». |
|
|
Jean-Luc Bitton
|
Partir en Suisse