Où est la terre des promesses ? Avec Ella Maillart en Afghanistan (1939-1940)

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Annemarie Schwarzenbach

Payot (206 pages)

Où est la terre des promesses ? Avec Ella Maillart en Afghanistan (1939-1940) - Annemarie Schwarzenbach

Où est la terre des promesses ? Quelque part en Afghanistan pour Annemarie Schwarzenbach, auteur de plusieurs textes sur l’un des plus extravagants périples automobiles de deux femmes seules au XXème siècle.

Écrivain, journaliste, photographe, Annemarie rencontre Ella Maillart, écrivain voyageur déjà célèbre, au début de l’automne 1938. Malgré leurs divergences de caractère et de philosophie de vie, les deux écrivains suisses, toutes deux indépendantes et audacieuses, décident, fin février 1939, de partir ensemble pour l’Afghanistan (via l’Iran) à bord de la Ford « Roadster de luxe » que le père d’Annemarie vient de lui offrir. Avec Robert Byron et sa Route d’Oxiane pour inspirateur, ce voyage, qui se déroule de juin à septembre 1940, va les mener vers une terra incognita aux paysages et aux mœurs archaïques : l’Afghanistan. Annemarie est au volant et prend les photos, Ella est à la caméra. Elles tireront chacune de ce voyage un récit dont on ne connaissait jusqu’alors que La voie cruelle d’Ella Maillart, qui a fait d’Annemarie – cachée sous le pseudonyme de Cristina – le personnage central de son livre. Les textes d’Annemarie (une vingtaine au total), réunis par ordre chronologique, apportent un nouveau jour à leur périple et montrent comment les deux femmes ont vécu cette aventure singulière de manière différente.
Annemarie sort juste d’une cure de désintoxication lorsqu’elle commence son voyage. Bien qu’elle vive dans l’angoisse d’une catastrophe personnelle (retombée dans la drogue) et malgré la menace de la guerre en Europe, cette expédition est chargée d’espoir. Avant tout en quête d’elle-même, elle ne mentionne que très rarement dans son récit sa célèbre compagne de voyage. Son écriture, qui mêle journalisme et poésie, est fiévreuse, écorchée. D’une extrême sensibilité, Annemarie capte des moments rares, célèbre l’instant. Le lecteur découvre avec elle l’Hindou Kouch, l’accompagne dans ses méditations, plonge dans le passé du voyage, avant de revenir au temps du récit. Annemarie découvre et analyse des comportements différents des siens – elle enquête notamment sur la condition de la femme afghane –, mais ce pays, loin de tout ce qui lui est familier, est surtout propice à une rencontre avec elle-même.
Avec un talent certain et une puissance d’écriture qui ne tarit jamais, cette incurable voyageuse promène son errance intérieure dans la steppe, sous l’œil enchanté du lecteur.

Audrey Turpin
Mise en ligne le 24 avril 2002