:: La plus grande collection d’œuvres de Magritte
Quoi de neuf à Bruxelles ? Magritte ! En se promenant ces temps-ci dans les rues de la ville, il n’est pas rare de croiser, dans des vitrines ou affichées sur des murs, d’énigmatiques silhouettes d’hommes au chapeau melon ou des oiseaux au corps constitué de ciel et de nuages, issus de l'univers du peintre. On retrouve également ces drôles de volatiles sur une rame du Thalys et aux fenêtres des palais de la place Royale. En pleine campagne pour les élections européennes, c’est René Magritte qui fait l’événement dans la capitale de l’Europe. La raison ? L’ouverture du Musée Magritte Museum, le premier (et très attendu) musée entièrement consacré à ce maître surréaliste, sans doute l’artiste belge le plus célèbre au monde. Ce grand iconoclaste a désormais son institution : un superbe écrin situé dans l’hôtel Altenloh, l’un des magnifiques bâtiments blancs de la Place Royale, où se trouve l’ensemble des Musées royaux de Belgique. Magritte à deux pas du Palais Royal, il fallait y penser !
Un nouveau musée ? Oui et non. L’essentiel des 250 œuvres exposées au Musée Magritte Museum provient des collections du musée des Beaux-Arts de Bruxelles, complétées par des dons et des prêts privés inédits. La grande nouveauté réside dans l’aspect monographique du lieu : c’est en effet la première fois qu’un musée d’une telle ampleur est (enfin !) consacré à Magritte, permettant ainsi d’avoir une vision d’ensemble de sa création. Le musée contient la plus grande collection d’œuvres de Magritte au monde, exposées dans 2 500 m2 de salles et réparties sur cinq niveaux. Outre les tableaux et dessins de l’artiste, les visiteurs peuvent découvrir des aspects moins connus de son œuvre : photographies, tracts, affiches, manifestes, bouteilles peintes et, surtout, des films à la fois poétiques et hilarants, entre Man Ray et Buster Keaton, diffusés sous d’énormes abat-jour noirs.
:: Voyage onirique dans un univers surréaliste
À l’intérieur des salles d’exposition, aménagées par le scénographe Winston Spriet, le visiteur est plongé dans une pénombre teintée du fameux « bleu Magritte ». Un judicieux parti pris de sobriété : absorbé par l’obscurité, comme dans une salle de cinéma ou dans un rêve, on entre d’autant mieux en communion avec l’univers poétique et décalé de Magritte, aux confins de l’absurde et du mystère, cette « banalité commune à toutes les choses ». De métamorphoses en assemblages insolites, d’« oiseaux-feuilles » en « femme-ciel », l’exposition nous invite à un voyage onirique dans l’inquiétante étrangeté de Magritte, où l’humour voisine avec l’angoisse.
Évitant le didactisme, les œuvres cohabitent avec les mots du peintre, gravés sur des panneaux ignifugés rouge foncé, laissant au visiteur la liberté d’interpréter les œuvres. René Magritte, qui donnait à ses tableaux des titres n’ayant rien à voir avec le sujet représenté, aurait sans doute aimé ce refus d’explication univoque. L’auteur de « Ceci est une pipe » adorait remettre en question la représentation, cultiver le paradoxe et installer le doute au cœur de la réalité.
:: Un parcours chronologique
C’est le temps qui tient lieu, en fait, de fil rouge, puisque l’exposition suit l’ordre chronologique. Le parcours débute – paradoxalement – au dernier étage du musée avec la période constructiviste de Magritte, sa découverte de la peinture métaphysique de De Chirico et ses premières œuvres surréalistes (Le Joueur secret, l’Usage de la parole, Magie noire). L’étage suivant présente les aspects méconnus de Magritte : son travail de publicitaire, son engagement auprès des communistes, son « surréalisme ensoleillé » inspiré par les impressionnistes ainsi que les tableaux provocateurs de sa « période vache » qui firent scandale dans l’après-guerre (L’Incendie, Titania, La Famine).
Enfin, le premier étage – en fait le dernier – intitulé « le domaine enchanté » regroupe quelques-uns des grands tableaux de Magritte, mais aussi les motifs obsessionnels de son œuvre : L’oiseau de ciel qui servit d’emblème à la Sabena ; L’Empire des lumières où la représentation nocturne d’une façade éclairée par un réverbère est associée à un ciel diurne traversé par des nuages blancs ; le diadème en forme de masque aux yeux grand ouverts de Shéhérazade, ou encore l’impressionnante montagne en forme d’aigle du Domaine d’Arnheim.
La visite se termine par une salle de cinéma où sont projetés des films consacrés au peintre. Ce n’est pas le seul équipement multimédia du musée. Tout au long de son parcours, le visiteur peut consulter, grâce à des terminaux électroniques, des archives et des documents sur le peintre. Des audio-guides multilingues, qui diffusent des enregistrements sonores de Magritte, permettent d’approfondir la visite. Un « Atelier Magritte » est spécialement destiné aux enfants avec des livres, installations multimédias et des jeux. Enfin, le site Internet du musée, très novateur, propose un centre de recherches en ligne sur Magritte. On pourra y consulter de nombreux documents autour de l’œuvre du peintre.
Belle réussite, le Musée Magritte Museum, où 600 000 visiteurs par an sont attendus, devrait rapidement devenir l’une des étapes clé d’un voyage à Bruxelles. Et si vous connaissez déjà la capitale de l’Europe, voici une bonne raison d’y retourner…
|