:: De la Saint-Jean à la fête des Québécois
Si vous atterrissez le 24 juin à Montréal ou à Québec, vous allez sans doute sentir un parfum d’allégresse dans l’air et voir suspendu aux fenêtres un drapeau dont l’emblème ne vous sera pas totalement étranger : la fleur de lys. Rassurez-vous, vous ne serez pas tombé en plein rassemblement de monarchistes nostalgiques. Depuis 1948, le drapeau bleu fleurdelisé est tout simplement celui du Québec. La fleur de lys rappelle, en fait, que l’explorateur Jacques Cartier découvrit le Canada en 1534 au nom du roi de France. Si on arbore ostensiblement le fleurdelisé le 24 juin, c’est parce que la Saint-Jean est considérée comme la fête nationale du Québec. Au Canada, le Québec demeure un monde à part, presque un pays, avec des désirs insatiables d’indépendance. Et, le 24 juin, les Québécois rêvent haut et fort d’un territoire qui serait enfin devenu le leur.
« Je me souviens » : telle est la belle devise du Québec, attaché à son histoire. Un passé fait de nombreuses luttes pour transmettre, de génération en génération, la langue et la culture des « Français d’Amérique ». Or, cet attachement à la Saint-Jean plonge ses racines dans l’histoire du Canada français. Partout dans le monde, les fêtes du 24 juin sont liées aux célébrations du solstice, qui remontent à l’Antiquité, et aux fêtes agraires du début de l’été. Placées par l’Église chrétienne sous le patronage de Saint Jean-Baptiste, ces fêtes furent importées par les aventuriers qui colonisèrent la Nouvelle-France, à l’origine du Canada.
En 1834, un journaliste, Ludger Duvernay, choisit le 24 juin pour « entretenir la flamme » de l’identité canadienne française, alors sous domination anglaise. Depuis, la Saint-Jean est restée la fête des francophones canadiens, une sorte de « Québec Pride ». En 1977, à l’apogée du mouvement indépendantiste, elle est décrétée « Fête nationale du Québec », tandis que la chanson Gens du pays de Gilles Vigneault, composée deux ans plus tôt, est choisie comme hymne national. Un hymne qui est d’ailleurs une chanson d’amour, entonnée aussi lors des anniversaires. Chaque 24 juin, Gens du pays est reprise en chœur par des centaines de milliers de Québécois de toutes origines, dans les milliers de lieux de fête de la province.
:: Feux de joie et grandes tablées
Comme dans les pays scandinaves, dans les régions et dans les campagnes de la Belle Province, la tradition des feux de joie est demeurée très populaire, tout comme les « volées de cloches » dont le carillon est synonyme de réjouissances. Pour beaucoup de Québécois, la Saint-Jean offre aussi l’occasion de se retrouver autour d’un bon repas. Certaines communautés organisent des grandes tablées, où chacun apporte un mets, autour desquelles les voisins peuvent faire connaissance en toute convivialité.
Les drapeaux, guirlandes et banderoles jouent un rôle essentiel. Les couleurs officielles de la fête nationale sont le bleu et le blanc, couleurs du drapeau, ainsi que le jaune représentant le soleil du solstice d'été. Dans les villes, les quartiers sont en effervescence : fêtes, bals populaires et feux d’artifice ont lieu partout. À Montréal, les festivités prennent bien souvent les couleurs des communautés formant la mosaïque québécoise. C’est ainsi que la Saint-Jean peut se transformer en fête portugaise, russe, kabyle ou vietnamienne.
Le mouvement nationaliste québécois (appelé ici souverainisme) diffère, en effet, des nationalismes européens d’extrême-droite. Voulant inclure toutes les communautés de la province, il ne pratique aucune exclusion raciste. Il cherche à promouvoir l’indépendance du Québec de façon pacifique et par référendum (les deux premières tentatives, en 1980 et 1995, se sont d’ailleurs soldées par des échecs). Son inspiration est, en ceci, plus proche des idéaux anti-colonialistes des années 1960 que des délires mortifères des partis xénophobes européens.
:: La Saint-Jean à Montréal et à Québec
D’importantes festivités sont prévues dans les deux grandes villes de la province. À Montréal, le traditionnel défilé aux couleurs bleues et blanches s’élancera dès 14 heures à l’angle des rues Fullum et Sherbrooke, sur le Plateau, pour rejoindre le parc Maisonneuve. Nouveauté de l’année : la présence de « géants », des figures en carton-pâte de 6 m de haut, que l’on retrouve dans la plupart des carnavals européens, dont celui de Nice. Ces géants québécois représenteront des grands noms de l’histoire de la province, comme Samuel de Champlain ou Ludger Duvernay.
Après le défilé, comme chaque année, un grand spectacle, animé par l’humoriste Normand Brathwaite, est prévu au parc Maisonneuve. Dès 17 h 30, place à la musique et à la chanson populaire québécoise avec, au programme, Marjo, Pierre Lapointe, les Denis Drolet, la Volée d’Castors et Fred Pellerin. Le grand show du parc Maisonneuve, suivi par tout le Québec à la télévision, rend hommage à tous les artistes, sportifs ou scientifiques qui font rayonner le Québec dans le monde entier, de Denys Arcand (réalisateur des Invasions barbares) à la troupe du Cirque du Soleil, actuellement à l’affiche à Paris.
De son côté, Québec, « capitale nationale » et siège du parlement provincial, célèbre la Saint-Jean tout au long de la journée sur la magnifique pelouse des Plaines d’Abraham, qui surplombe le majestueux Saint-Laurent. Pour la petite histoire, ce lieu fut le cadre, en 1759, de la défaite aussi fatale que rapide (en 20 mn) des soldats français contre les Britanniques. Drôle d’endroit, tout de même, pour fêter la culture canadienne française… Comme à Montréal, la journée s’achève sur un grand concert regroupant des personnalités très populaires dans la Belle Province, comme France d’Amour, Nicola Ciccone ou l’inénarrable Plume Latraverse. Et, sans doute, sur la chanson du grand Vigneault : Gens du pays, c’est votre tour de vous laisser parler d’amour...
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