:: L’Arménie, 27 siècles d’histoire
De l’Arménie, nous n’avons finalement qu’une connaissance sommaire : un
grand de la chanson, Charles Aznavour, des cinéastes, Robert Guédiguian et Henri
Verneuil, le mythique mont Ararat et le souvenir d’un génocide perpétré par
les Turcs en 1915-1916. Et, pourtant, l’histoire de ce petit pays du Caucase,
indépendant depuis 1991, remonte au VIIe siècle av. J.-C.. Le peuple
arménien fut le premier à adopter le christianisme comme religion officielle
en 314, ce qui lui valut bien des ennuis de la part de ses voisins musulmans.
Enfin, de par sa position géographique, ce pays, situé sur une zone de passage
entre Orient et Occident, a connu une histoire tourmentée. L’horreur a atteint
son paroxysme avec les terribles massacres de 1915-1916 et la politique
d’éradication systématique mise en œuvre par les Turcs.
Après la fin de l’Empire ottoman, l’Arménie connut sept décennies de glaciation
communiste jusqu’à son indépendance. Ce passé chaotique est à l’origine d’une
importante diaspora. Sept millions d’Arméniens vivent hors de leur pays, qui
compte à peine plus de trois millions d’habitants. En France, près de 500 000 personnes
sont d’origine arménienne. C’est l’un des nombreux liens qui nous rendent l’Arménie
si attachante. Un pays dont le dernier roi Léon VI de Lusignan est mort
en France au XIVe siècle. Son cénotaphe se trouve d’ailleurs à la basilique
de Saint-Denis.
:: Quatre cents manifestations pour découvrir ce peuple unique
L’année de l’Arménie en France, intitulée « Arménie, mon amie »,
va nous permettre, jusqu’au 14 juillet prochain, de découvrir la riche
culture de ce peuple au destin singulier, qui a su préserver ses traditions
contre vents et marées. Une culture façonnée par trois mille ans d’histoire,
dont une grande partie est frappée du sceau de l’exil. Alors que la Turquie,
candidate à l’entrée dans l’UE, s’entête à nier le génocide arménien, l’année
de l’Arménie a le mérite de mettre en valeur les trésors que cette culture longtemps
menacée a su apporter au monde entier.
Les quelque 400 manifestations programmées dans l’Hexagone vont nous présenter
toutes les facettes de l’Arménie, des traditions ancestrales aux œuvres les
plus contemporaines de la diaspora. De grands musées, comme la fondation Gulbenkian
à Lisbonne, ainsi que la plupart des institutions culturelles arméniennes, ont
apporté leur concours aux expositions et aux manifestations du festival. Le
public français pourra ainsi se familiariser aussi bien avec les khatchkars,
ces croix de pierre sculptées typiquement arméniennes, qu’avec les manuscrits
du Matenadaran (l’une des plus vieilles bibliothèques du monde), l’expressionnisme
abstrait du peintre américain Arshile Gorky ou les films troublants du cinéaste
canadien Atom Egoyan, tous deux d’origine arménienne.
De nombreuses manifestations
méritent le détour. À Paris, il ne faudra pas manquer « les douze capitales
d’Arménie » à la Conciergerie, une exposition sur le patrimoine architectural
du pays à travers trois mille ans d’histoire (du 15 décembre au 18 mars) ;
le Louvre accueille, pour sa part, la première exposition consacrée à l’art
chrétien arménien depuis la conversion du pays au IVe siècle
jusqu’à l’aube du XIXe. On pouura y admirer deux cents œuvres,
dont des manuscrits enluminés, des objets d’orfèvrerie ou une trentaine de
khatchkars (littéralement croix de pierre), ces imposantes professions de
foi gravées dans la pierre (du 17 février au 15 mai). Toujours à
Paris, l’Institut du monde arabe dévoilera l’Orient des photographes arméniens
(du 19 février au 1er avril), le Centre Georges Pompidou
rendra hommage à Arshile Gorky, le maître de l’expressionnisme abstrait américain
d’origine arménienne (du 2 avril au 4 juin), et au cinéaste canadien
Atom Egoyan, tandis que la Cinémathèque française programmera en avril l’intégrale
des films de Rouben Mamoulian.
La province ne sera pas épargnée par la vague arménienne, particulièrement
Lyon et Marseille, où réside une forte communauté originaire de ce pays. Le
mois prochain, de nombreux concerts de chants de Noël arméniens seront donnés
dans les églises de la cité phocéenne, où l’on pourra voir aussi, au Musée de
la Vieille Charité, l’exposition « Arménie, la magie de l’écrit »
consacrée au 1 600e anniversaire de l’alphabet arménien (du 27 avril
au 22 juillet). De son côté, le Musée des civilisations de l’Europe et
de la Méditerranée (MUCEM) consacrera une exposition aux diasporas arméniennes
(du 15 avril au 15 septembre). Toujours en Provence, Arles présentera
des splendeurs de l’Arménie antique dans l’exposition « Au pied du mont
Ararat », tandis que le Musée Grimaldi de Cagnes-sur-Mer s’intéressera
aux peintures arméniennes des XIXe et XXe siècles (du 2 décembre
au 4 mars).
Le grand cinéaste Serguei Paradjanov fera, de son côté, l’objet de rétrospectives
et d’hommages à l’Institut Lumière de Lyon, à la Cinémathèque de Toulouse et
au Magic Cinéma de Bobigny. À Valence, le centre du patrimoine arménien scrutera
l’immigration arménienne en France du 3 mars au 29 avril avec une
exposition et des rencontres. Autre rendez-vous à ne pas manquer : la présentation
de splendides pièces d’art liturgique arménien (tentures de chœurs, calices,
évangéliaires) provenant du Musée historique d’Erevan et du trésor d’Etchmiadzine
(capitale religieuse) au Musée de Fourvière et au Musée des tissus et des arts
décoratifs à Lyon (du 22 mars au 15 juillet). Enfin, parce que l’amitié
se forge dès l’enfance, plusieurs centaines d’enfants arméniens francophones
seront accueillis pendant une semaine dans des collèges français début mars
dans le cadre l’opération « jeunes ambassadeurs pour l’Arménie » :
une chouette initiative. Dans quelques mois, vous en serez certainement convaincus :
l’Arménie ne se réduit pas, malgré toute l’admiration qu’on lui porte, à Charles
Aznavour !
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