:: Ces Acadiens devenus cajuns
Si vous mettez les pieds un soir au Randol’s de Lafayette, en Louisiane, vous
serez sûrement étonnés par l’étonnante joie de vivre et l’ambiance bon enfant
du lieu. Installée dans une sorte d’immense grange en bois, cette salle de danse,
qui fait office de restaurant, offre un concentré de l’art de la fête cajun.
Sa réputation dépasse de loin les faubourgs de Lafayette. Au Randol’s, les soirées
se déclinent en quatre temps : boisson, cuisine, musique et danse. On dîne
en regardant les musiciens, on danse, on rit et sympathise avec son voisin.
Sous les ventilos, la température monte vite. Même les plus coincés ont du mal
à résister à la chaleur (humaine) des habitués.
Difficile alors d’imaginer que nos « cousins de Louisiane », qui parlent
un français savoureux, reviennent de loin ! L’histoire des Cajuns, dont
la ville de Lafayette est la capitale, tient de la tragédie. Les Cajuns sont
les descendants des Acadiens, ces colons français qui vivaient dans les provinces
atlantiques du Canada. En 1755, alors sous la domination britannique, ils
sont les victimes de la première « purification ethnique » de l’histoire :
le « Grand Dérangement ». Persécutés et spoliés, les Acadiens sont
déportés vers les colonies américaines dans des conditions effroyables et la
moitié d’entre eux meurt en chemin.
En 1785, ils sont 1 500 à s’installer en Louisiane pour cultiver
les terres marécageuses et peu hospitalières du bayou. Les esclaves africains,
nombreux en Louisiane, transforment alors le terme d’« acadien » en
« cadien » puis en « cajun ». Coupés de la mère-patrie,
pauvres et vivant en autarcie, les Cajuns ont bien du mal à conserver leur identité
française. En 1916, la Louisiane, vendue aux Américains en 1803, interdit
l’usage du français. Aujourd’hui, seulement 10 % des Cajuns parlent leur
langue d’origine, même si leur culture est restée très forte. N’est-elle pas
aujourd’hui, avec le jazz, l’un des symboles de la Louisiane ?
:: « Laisser les bons temps rouler »
Depuis les années 1960, la culture francophone de la Louisiane a connu
un certain regain grâce à la musique et à la chanson. Le chanteur Zachary Richard
est l’emblème du combat pour la préservation de la culture cajun. Il faut écouter
ses chansons engagées qui rendent leur fierté aux Cajuns. Lafayette est aussi
la capitale du zydeco, une musique créole inspirée de l’harmonie cajun et du
rhythm & blues. Violon, accordéon et guitare sont les piliers
du zydeco et de ses savoureuses variantes : le zydeco-rap, le zydeco-rock
et le zydeco-reggae.
Lafayette est évidemment le foyer de ce laboratoire musical qui déborde de créativité.
Et, pour prendre le pouls de la vivacité de la culture francophone locale, rien
de mieux que les Festivals Acadiens, qui se tiennent cette année du 13 au 15 octobre.
Lancé en 1977 pour promouvoir l’identité cajun laminée par deux siècles
d’américanisation forcée, cette manifestation n’a cessé de grandir. Elle est
aujourd’hui, en dehors de la Nouvelle-Orléans, l’un des grands rendez-vous musicaux
et culturels de la Louisiane. Son mot d’ordre : « Laisser les bons
temps rouler », ou « profiter de la vie » dans le parler cajun.
:: « Allez vous graisser les jarrets »
La musique se taille évidemment la part du lion aux Festivals Acadiens. L’ouverture
de la manifestation coïncide avec une tradition bien implantée dans la vie locale :
le Downtown Alive, à ne manquer sous aucun prétexte. À l’automne et au
printemps, chaque vendredi de 17 h 30 à 20 h 30, les rues
autour de Jefferson Street sont fermées à la circulation, car des groupes de
musique se produisent dans les rues. Une initiative qui attire les foules :
rien de plus sympa que de siroter sa bière en écoutant de la bonne musique.
Le 13 octobre, le Downtown Alive de Lafayette prendra des accents
francophones.
Ensuite, tout le week-end, vous pourrez aller « vous graisser les jarrets »
(danser) du côté de Girard Park en compagnie de milliers de personnes, au son
de groupes de musique cajun ou de zydeco. C’est là que la fête bat son plein.
Peut-être serez-vous invité à danser le « lâche pas la patate », une
danse où les couples doivent tenir une patate entre leurs têtes sans la faire
tomber.
Pour vous remettre de vos pas de danse endiablés, les Festivals Acadiens proposent
d’autres activités, car la culture américaine française ne se limite pas à la
musique. Ces épicuriens de Cajuns aiment bien lever la fourchette et leur cuisine
est délicieuse. Un tour au Bayou Food Festival, toujours au Girard Park,
saura vous en convaincre. Boudins créoles, écrevisses, crabe, jamabalaya, andouille
épicée… Vous y trouverez un large éventail de cette cuisine métisse qui emprunte
aux répertoires culinaires français, espagnols et antillais.
Quant aux fanas du « magasinage » et des petits souvenirs, ils pourront
faire un détour du côté de la foire à l’artisanat de Louisiane (Louisiana Craft
Fair) pour dénicher le petit objet à rapporter dans ses valises : sculpture
en bois, poterie, verre teinté, bijouterie et, évidemment, des instruments
de musique !
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