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Pour bien des routards, la Croatie évoque, avant
tout, un merveilleux littoral constellé d’un bon millier d’îles et d’îlots,
des plages et des criques (encore) préservées, un arrière-pays sauvage et
un patrimoine architectural exceptionnel, à commencer par Dubrovnik, la perle
de l’Adriatique. Un cocktail de soleil et de vieilles pierres que ce petit
pays à l’orée des Balkans a bien réussi à vendre aux touristes, qui y viennent
de plus en plus nombreux. La Croatie, c’est la « Méditerranée retrouvée »,
proclame l’office du tourisme. Mouais… En guise de Méditerranée, il faudra
se contenter de l’Adriatique. Et, Zagreb, la capitale ? Cette métropole
de près d’un million d’habitants fait figure de mal-aimée. À bien des égards,
elle n’est pas la destination favorite des visiteurs étrangers. Au premier
abord, elle apparaît dénuée de grâce, puisqu’on y arrive par Novi Zagreb,
ville nouvelle des années 60-70 datant du titisme triomphant.
Mais il faut prendre aussi le temps de parcourir cette cité, à mille lieux
de la Croatie de carte postale, et atteindre son cœur, Gorjni Grad,
la ville haute pour y découvrir la magie de ses petites rues. Zagreb, vous
l’aurez compris, gagne à être connue.
Et c’est là l’intérêt d’une manifestation particulièrement originale qui se
déroule en son sein, du 7 au 15 septembre prochain : l’Urban
Festival, une semaine un peu folle où Zagreb donne carte blanche à des artistes
contemporains pour mettre en scène, à leur façon, la capitale croate. Avec pour
objectif de réinventer la ville et d’assumer pleinement le rôle politique et
social de l’art comme lien collectif. Le public pourra, en effet, participer
à ces installations artistiques souvent interactives et citoyennes. Cette année,
l’Urban Festival a d’ailleurs pour thème « les politiques de l’espace ».
Les amateurs de trek urbain seront comblés, puisqu’ils pourront parcourir la
ville et la découvrir sous un jour aussi nouveau que ludique.
L’imagination sera donc au pouvoir à Zagreb, avec des performances, des installations
et des happenings dans différents quartiers de la ville, dont les parties
les plus défavorisées, comme l’ancienne zone industrielle des quartiers est.
Les rues, les places et les bâtiments vont être investis par des artistes venus
de Croatie, d’Allemagne, de Slovénie ou de Suisse. Parmi les projets les plus
audacieux, citons « Change Reality », une installation du groupe d’artistes
allemands Reinigungsgesellschaft (société de nettoyage) dont l’objectif est
de renommer les rues de Zagreb, à l’aide de panneaux rouges. Avec la participation
d’associations zagreboises, le groupe va choisir d’autres noms, plus en phase
avec la société croate actuelle. Cette initiative invite le public à s’interroger
sur l’aspect politique de la nomenclature urbaine. Gageons que votre Guide
du routard ne vous sera pas vraiment d’une très grande aide pour vous repérer
dans ce Zagreb réinventé !
:: Féminisme, piratages médiatiques et anticapitalistes
Vous pourrez en revanche consulter un « Guide des femmes à Zagreb »,
qui propose un parcours et une exposition (réalisés par deux artistes croates
Barbara Blasin et Igor Markovic), montrant le rôle souvent occulté des femmes
dans la société et l’histoire croates. Une pétition sera même lancée pour installer
des plaques à la mémoire d’illustres Croates féminines dans tout Zagreb.
Des piratages médiatiques sont également prévus : ainsi, une radio libre
donnera, le temps du festival, la parole aux habitants du quartier défavorisé
de Mamutica. De son côté, Jaka Primorac, artiste croate, investira certaines
lignes de tramway de la ville pour utiliser les panneaux publicitaires des voitures
comme support à une exposition de photos à thématique urbaine. Enfin, un groupe
d’artistes slovènes, KUD C3, propose des installations multimédias résolument
anti-capitalistes et anti-consuméristes à… Tkalciceva et Cvjetni trg, dans le
coeur « branché » de Zagreb, où se trouve notamment un centre commercial
chic. Voilà pour les faits saillants de cette semaine pas comme les autres.
Enfin, si vous parlez le serbo-croate, ne manquez pas le grand pique-nique d’ouverture
qui aura lieu le 8 septembre à 16 h dans le parc en face de l’immeuble
Mamutica à Travno. Ce sera l’occasion de rencontrer le Zagreb alternatif et
de découvrir que la Croatie n’est pas seulement cette jolie carte postale, figée
dans le temps, d’une « Méditerranée retrouvée » de marketing.
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