:: Ratha Yatra, le come back de Krishna
Il y a quelques jours, on fêtait en France le
soixante-dixième anniversaire des congés payés ; Krishna, le dieu protecteur
de l’Univers, n’a pas attendu 1936 pour séjourner chaque année dans sa
résidence d’été, et retrouver ainsi sa ville natale. La légende raconte que
l’avatar de Vishnu quitta Gokul où il avait grandi pour revenir à Mathura,
accompagné de son frère Balabhadra et de sa sœur Subhadra à bord d’un char.
Ratha Yatra (ou fête des chars) est la reconstitution de cet épisode de la
vie de Krishna et donne lieu tous les ans à l’une des plus grandes fêtes religieuses
du continent asiatique. L’événement est célébré pendant dix jours un peu partout
en Inde et dans le monde, mais c’est à Puri dans le nord-est du pays que la
fête est la plus importante. Cette cité balnéaire connue pour son temple érigé
à la gloire de Vishnu, est l’une des quatre villes saintes du pays. Ville
agréable, même si l’architecture de style victorien a tendance à disparaître
sous le béton, la tranquille Puri se métamorphose lors du festival Ratha Yatra.
:: Des temples qui roulent
Agoraphobes et amateurs de calme, passez votre chemin ! Le 27 juin
prochain, plus de quatre millions de fidèles se retrouveront dans les rues de
Puri pour le pèlerinage. Le premier jour est marqué par le transfert du Dieu
Jagannath – qui n’est autre que l’une des réincarnations de Krishna –
et de sa fratrie depuis le temple vers sa retraite estivale, la maison Gundicha
Mandir. Les trois divinités sont transportées sur des chars en bois de près
100 m de long et d’une douzaine de mètres de haut. Ces immenses chariots
sont tirés par des milliers de fidèles sous une température qui dépasse souvent
les 35 °C… Et la route parfois sablonneuse ne facilite pas le travail
du conducteur appelé sarathi. Durant tout le trajet, on danse, on chante
et l’on se prosterne devant ces temples sur roues.
Après une semaine de repos bien méritée, on ramène la petite famille au temple,
en suivant le même parcours, long d’environ trois kilomètres. Pour un hindou,
participer à ce pèlerinage permet d’échapper au cycle des réincarnations et
d’atteindre le nirvâna. Petite anecdote, les premiers Européens
qui observèrent cette fête étaient persuadés que les dévots se jetaient volontairement
sous les roues des chars afin d’accéder à la paix suprême. En réalité, ces décès
étaient tout à fait accidentels, car, dans la religion hindouiste, le suicide
est un péché plus grave que le crime d’autrui.
:: Une fête qui réconcilie hindous et musulmans
Dans les années 1990, la fête du Ratha Yatra
a connu dans l’ouest de l’Inde des affrontements sanglants qui ont opposé
des fondamentalistes musulmans et hindous. Mais, depuis quelques années, une
belle preuve de fraternité interreligieuse se produit dans un petit village
de l’État de l’Orissa, à une centaine de kilomètres de Puri. À Deulahasi,
les fidèles de l’Islam fêtent avec leurs voisins hindouistes le Ratha Yatra.
Des charpentiers musulmans participent à l’élaboration des chars qui seront
ensuite tirés par des membres des deux communautés. En retour, les hindous
prennent part aux fêtes Id-ul-Fitret de Id-ul-Zona. Ici, les 2 500 habitants
vivent en harmonie, ce qui n’est pas toujours le cas dans cette région du
monde.
:: La Ratha Yatra s’exporte à l’étranger
Si vous n’avez pas la chance de partir à Puri
ou à Deulahasi, tout n’est pas perdu ! Car, depuis le début des années 1980,
la Ratha Yatra est célébrée dans des dizaines de villes autour du globe. La
fête se déroule de San Francisco à Budapest en passant par Nairobi, mais à
des dates différentes. À Paris, les célébrations ont lieu le deuxième dimanche
de juillet (le 9 juillet en 2006). Le cortège part du quartier de
la Chapelle pour rejoindre le forum des Halles. Les chars sont peut-être moins
grands qu’en Inde, mais tout aussi colorés. La procession se termine dans
la bonne humeur autour d’un repas strictement végétarien. Faites attention
tout de même, car des membres de sectes peuvent venir y faire un peu de prosélytisme.
:: P’tites adresses à Konarak
Comme vous pouvez l’imaginer à l’occasion de la
Ratha Yatra, les hôtels de Puri sont réservés des mois à l’avance. Alors,
on vous donne des adresses sympas à Konarak, un petit village à 35 km
de là (1 h de trajet). Imaginez l’un des plus beaux temples d’Inde au
bord du golfe du Bengale entouré de quelques hôtels, si ce n’est pas le paradis,
cela y ressemble.
- Hôtel Yatri Nivas : ambiance un tantinet british dans
cette grande maison rouge tenue par le gouvernement. Les petits cottages sont
simples, mais très agréables et coûtent environ 5 € la nuit.
- Labanya Lodge : certainement l’adresse la plus routarde
et la plus conviviale de la région, et pour moins de 3 € la nuitée. Les
chambres sont un peu spartiates, mais elles possèdent chacune une petite terrasse
qui ne manque pas de charme.
- Restaurant Sun Temple : c’est le repaire des chauffeurs
de bus du coin, ce qui est souvent bon signe. On y retrouve tous les classiques
de la cuisine indienne, mention spéciale pour les pakoras (beignets)
aux légumes.
|