:: La ferveur de tout un pays
Les célébrations de Pâques et de la Semaine sainte sont l’un des événements
les plus importants de l’année au Guatemala. Pour commémorer la passion, la
mort et la résurrection du Christ, des messes et des processions sont organisées
un peu partout, véritables péplums reconstituant le calvaire du Christ. Les
processions, qui ont en réalité débuté dès les premiers jours du Carême, à la
fin du mois de février, gagnent en intensité à mesure que la Semaine sainte
avance, pour atteindre leur paroxysme à partir du Vendredi saint, jour de la
mort de Jésus ; ce jour-là, une messe est donnée à 15 heures, l’heure
de sa mort. Le samedi a lieu la veillée pascale, avant l’allégresse du dimanche
de Pâques où l’on fête sa résurrection.
Les festivités ont lieu, on l’a dit, partout dans le pays. Elles valent le détour,
en particulier à Quezaltenango, Huehuetenango ou encore Chichicastenango. Mais
s’il n’est qu’un endroit où aller pendant cette période, c’est bien Antigua,
où l’événement prend une ampleur particulière par le nombre des processions.
Attention ! Dans un registre plus terre-à-terre, les commerces,
administrations et musées sont fermés du mercredi au dimanche pendant la Semaine
sainte.
:: Un Vendredi saint digne de Hollywood à Antigua
Dans la vieille ville coloniale d’Antigua, les Guatémaltèques (et les touristes)
viennent en nombre de tout le pays, pour assister aux somptueuses processions
qui jalonnent la Semaine sainte. Mais le Vendredi saint en particulier, où l’on
rejoue la passion et la mort du Christ, les rues d’Antigua sont le théâtre d’un
spectacle époustouflant. Il y a foule dans la ville, et la circulation est tout
bonnement arrêtée.
Au cours de la nuit qui précède, des groupes d’étudiants, des familles ou des
amis s’attèlent minutieusement à la fabrication des alfombras, véritables
œuvres d’art éphémères. Sur les rues pavées d’Antigua, ils façonnent avec de
la sciure colorée, du sable et des fleurs, ces larges rectangles pouvant atteindre
dix mètres, sur lesquels sont dessinés des motifs géométriques ou des représentations
religieuses aux couleurs vives. Les délicates alfombras sont ensuite
arrosées avec précaution pour éviter que le vent ne les disperse, ce qui sera
fait de toute façon par les milliers de pèlerins qui les piétineront pendant
les processions ! Empressez-vous donc de prendre des photos avant le passage
de celles-ci, ou bien il sera trop tard.
Les processions solennelles débutent dès l’aube, et se poursuivent jusqu’à la
fin de la journée dans des parfums d’encens et au rythme lugubre de tambours
monotones. Elles partent de différentes églises de la ville, et l’on assiste
à de véritables défilés costumés qui nous plongent en plein Moyen-Orient, aux
temps bibliques. Les uns portent une robe violette et un chèche enserré d’un
ruban de la même couleur, à la manière des Palestiniens ; d’autres une
bure blanche et une longue cagoule noire et pointue ; mais il y a aussi,
pour parfaire ce tableau historique, des centurions romains qui escortent le
supplicié. La procession la plus importante part de l’église de la Merced :
des centaines de pèlerins se relaient pour porter un gigantesque autel de plusieurs
tonnes, sur lequel se dresse un Christ grandeur nature portant une grande croix
dorée. Atmosphère surréaliste garantie !
:: Maximón, un saint pas très catholique
Sur les rives du lac Atitlán, les processions de la Semaine sainte se mêlent
à des croyances païennes pour offrir un spectacle surprenant. Les célébrations
catholiques sont en effet prétexte à rendre hommage à Maximón, une idole maya
toujours vénérée par les Indiens. Également appelé San Simón, il est l’exemple
même du syncrétisme qui caractérise la foi guatémaltèque. Même si son culte
est mal vu des autorités catholiques, il perdure dans quelques villages indiens,
en particulier à Santiago Atitlán. Dans ce village, il est hébergé à tour de rôle
par ses adorateurs qui en prennent chacun soin pour une durée d’un an.
Maximón n’a pas des allures d’enfant de cœur, loin de là. Son corps de bois
est vêtu, tantôt d’écharpes de soie superposées, tantôt d’une tenue de ski ou
d’un costume de flanelle avec chemise blanche et cravate. Il ne quitte jamais
son chapeau ni l’énorme cigare qu’il tient à la bouche, et s’il porte parfois
des lunettes noires, c’est peut-être à cause de la gueule de bois que lui vaut
la bouteille qu’il tient à la main... Cela ne l’empêche pas d’être vénéré par
les Indiens, qui viennent implorer sa protection à grand renfort d’offrandes
pécuniaires ou en nature, au milieu des fumées d’encens et des vapeurs d’alcool
qu’ils consomment sans modération.
Pendant la Semaine sainte, les villageois de Santiago Atitlán le sortent de
sa tanière pour le porter vers les rives du lac, où ses vêtements sont lavés
rituellement. On le pare de nouveaux atours et on lui offre un cigare tout neuf,
puis il est exposé dans une chapelle jusqu’au Vendredi saint. Ce jour-là, à
15 h, il est de nouveau sorti pour participer aux processions catholiques,
bien placé entre les effigies du Christ et de Marie.
À l’issue des célébrations de la Semaine, Maximón s’installera dans de nouvelles
pénates, où il restera jusqu’à l’année suivante. Pour savoir où il se trouve,
faites-vous guider par des gamins du village, qui vous y mèneront moyennant
une petite pièce !
Où dormir à Antigua ?
Attention ! Durant la Semaine sainte, la ville est envahie ;
réservez impérativement votre hôtel à l’avance. Sachez également que beaucoup
d’établissements pratiquent des tarifs yo-yo : dès que la ville se remplit,
les prix grimpent.
- Posada Juma Ocaj, Alameda de Santa Lucía Norte, n°13. Tél. : (00-502)
832-31-09. Pas loin du terminal des bus. Une petite pension discrète et sympa
autour d’un jardinet. Calme. Une dizaine de chambres avec baño privado
(eau chaude). Laverie. Une adresse sérieuse.
Où manger à Antigua ?
- La Fonda de la Calle Real, 3a calle Poniente, n°7. Tél. :
(00-502) 832-05-07. Ouvert tous les jours jusqu’à environ 22 h. Très joli
cadre et cuisine typique qui maintient la tradition de la maison et continue
à attirer les touristes. Goûter les viandes grillées à la braise ou la spécialité,
le caldo real : une soupe à base de poulet. Musiciens le soir durant
le week-end. Accueil prévenant.
Où dormir à Santiago Atitlán ?
- Hôtel Chi-Nin-Ya : sur le lac, en haut de la montée du port,
à gauche. Tél. : (00-502) 721-71-31. Pas le grand luxe mais propre, agréable
et bon marché. Patronne adorable. Excellents gâteaux maison.
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