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On
va sur les chemins de Compostelle à pied, à vélo, à cheval, voire en
bateau. En plusieurs courts séjours ou sur plusieurs semaines,
à son rythme. Les touristes en voiture, malgré l'intérêt
des visites culturelles, ne connaîtront pas la victoire sur la
fatigue du corps, l'approche lente de la marche pour atteindre la superbe
église ou la petite chapelle, le sentiment profond qui envahit
le pèlerin pas après pas, les retrouvailles du soir à
l'auberge ou à l'hospice, les rencontres qui font des amitiés
durables…
Il
était une fois Santiago
An
44 : une barque de pierre flotte mystérieusement vers la plage
d'El Padrón, à l'extrémité occidentale de
la Galice espagnole. Elle porte les restes martyrisés de saint
Jacques-le-Majeur, celui que l'on voit près du Christ sur les tableaux
de la Cène. Saint Jacques sera enterré au champ des étoiles,
« campus stellae » pour Compostelle. Bientôt
les miracles se succèdent. Une basilique est construite à
Santiago de Compostela. Saint Jacques apparaît en rêve à
l'empereur Charlemagne et lui ordonne de reprendre les terres conquises
par les musulmans. Légendes et récits des hauts faits de
chevalerie, dont l'épopée de Roland à Roncevaux,
ne manquent pas pour accompagner ceux de Jacques, lui-même apparaissant
sur un cheval blanc lors de la bataille de Clavijo contre les Sarrasins.
Il sera surnommé le « Matamoros », le tueur
de Maures.
Au Moyen Age, le pèlerinage prend une ampleur sans précédent.
Les Jacquets se pressent sur les routes dangereuses, cherchant des gués,
priant pour des grâces. Ils seront près d'un demi-million
par an à arpenter les chemins où se glissent les voleurs,
déguisés en « coquillards » donnant
leur nom plus tard à la coquille ou faute d'imprimerie. En 1140,
un petit moine poitevin, Aymeric Picaud, décrit le premier topo-guide
des chemins, dans le Codex Calixtinus. Ce sera le début
des grands itinéraires qui draineront tous les pèlerins
des pays de l'Europe catholique. Pour le plus grand nombre, venus du Nord,
de l'Oural, d'Écosse, de la Scandinavie, ils se rejoignent en France.
Ceux d'Italie longent les Pyrénées. Ceux de la Méditerranée
viennent du sud de l'Espagne et du Portugal. Le pèlerinage de Compostelle
est classé premier au hit-parade des grands pèlerinages
médiévaux.



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