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La Boussole
et l'Astrolabe quittent enfin Brest le 1er août 1785. Plus de deux
cent vingt personnes sont à leur bord. Cela fait beaucoup !
Cependant, durant toute la durée du périple, Lapérouse
parviendra à tenir bien en main ses équipages et ses passagers.
Pour lui, la qualité de la nourriture est primordiale, de même
que l'attention portée à la santé des hommes. Il
fait tout son possible afin de désamorcer les inévitables
conflits opposant tel ou tel. Le soir, des fêtes égayent
le pont des navires.
Madère,
Ténériffe, Trinité, Sainte-Catherine (au Brésil)
Après un passage tranquille du cap Horn, la Boussole et l'Astrolabe
font escale pendant trois semaines à Conception au Chili où
ils arrivent le 24 février 1786. C'est ensuite l'île de Pâques,
puis Owhyhii (Hawaii). Là, se pose la question de savoir si l'on
doit prendre possession de cette terre au nom du roi de France. Lapérouse
s'y refuse, considérant que l'île appartient à ses
habitants.

L'Alaska
et le Canada occidental sont les premiers « gros morceaux »
auxquels s'attelle l'expédition en juillet 1786. Au cours de la
reconnaissance des côtes d'Amérique septentrionale, perturbée
par des brumes tenaces, Lapérouse et les siens complètent
et corrigent les cartes réalisées par Cook. Un drame survient
au Port des Français, dans la baie de Lituya, lorsque deux embarcations
disparaissent en reconnaissant une passe. Vingt et un morts sont à
déplorer. Les équipages sont effondrés. La Boussole
et l'Astrolabe repartent en suivant la côte jusqu'à Monterey
où la colonie espagnole de Californie fait bon accueil aux Français.
On rembarque pour les îles Marianne et Asunsión. En cours
de route, sont rayées de la carte des îles imaginaires telles
que Nuestra Señora de la Gorta.
Lapérouse
atteint la Chine en mars 1787, à Macao où le naturaliste
Dufresne est débarqué avec quantité de documents
qu'il rapporte en France. Commence alors l'exploration des côtes
des Philippines, de Canton et de Formose. La Boussole et l'Astrolabe passent
aussi le long de la Corée et du Japon, contrées absolument
fermées aux étrangers.
De nouveau
très au Nord, l'expédition aborde près du site aujourd'hui
occupé par Vladivostok pour entreprendre une patiente reconnaissance
de l'île Sakhaline. Les cartes de ces parages « découverts »
par nos aventuriers, aidés en cela par des autochtones, rappellent
leur passage. Il faut le savoir, car les noms, pour la plupart empruntés
aux commanditaires de l'expédition, ont souvent été
modifiés : Baie de Ternei (Ternay), la ville De-Kastri (de Castries),
île Otrov Moneron (Monneron)
Seuls sont explicites les détroits
de Lapérouse (à l'entrée de la mer d'Okhotsk) et
de la Boussole (dans les îles Touriles). Au cours d'une halte à
Petropavlovsk au Kamchatka, l'interprète parlant le russe, Barthélemy
de Lesseps (l'oncle du futur constructeur du canal de Suez) quitte ses
compagnons pour rapporter en France leurs rapports. Il met un an pour
atteindre Versailles. Quand il y parvient, ses amis ont déjà
sombré. Finalement, les malades et les messagers laissés
à terre seront les seuls survivants avérés de l'expédition.
Cap
sur les Samoa. Là, sur l'île de Tartuila, va avoir lieu le
deuxième grand coup dur qu'a connu l'expédition. L'esprit
imprégné par leurs préjugés sur l'indéfectible
« bonté des sauvages », le capitaine de Langle
et onze autres hommes sont tués par des habitants alors qu'ils
s'apprêtent à rapporter des barriques d'eau douce à
bord. Toujours remarquable, Lapérouse se refuse à mener
une expédition punitive et file vers Tonga, puis l'Australie. La
balbutiante colonie anglaise de Botany Bay est alors un camp militaire
(aujourd'hui, on peut se promener au quartier Lapérouse à
Sydney). Le 10 mars 1788, Lapérouse confie des documents à
ses anciens ennemis et part vers l'Est

Carte
du trajet des frégates françaises La Boussole et l'Astrolabe.
Source Ville d'Albi et Association Lapérouse.
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