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Dossier réalisé par Laure de Charette
Qui
sont ces voyageurs qui plaquent famille, boulot et amis pour partir
autour du monde, six mois ou trois ans ? Afin de mieux connaître
ces aventuriers du monde moderne, ce dossier vous propose de partager
l'expérience d'Isabelle Vayron, globbe-trotteuse hors pair, ainsi
que celles d'Annie et de Xavier qui ont décidé de « voir
ailleurs ». Quant aux raisons de ces départs, Rachid
Amirou, spécialiste de la psychologie sociale du tourisme, nous
fait part de ces observations. Ils l'ont fait, alors pourquoi pas vous ?
Qui
sont-ils ?
Adieu
mythes et clichés post-soixante-huitards : le globe-trotter
n'est pas un dilettante ! À la lueur des innombrables carnets
de voyage en circulation sur la toile, un constat s'impose : le routard
à l'inséparable sac à dos n'est pas forcément
jeune - la moyenne d'âge avoisine les trente-cinq ans - ni citadin.
Il n'est ni un marginal, ni un asocial, mais plutôt un cadre diplômé
et parfaitement intégré à la société.
À l'image de Xavier, qui a tout plaqué, une fois son diplôme
d'expert-comptable en poche. Et le « globe-trotting »
se décline sous toutes ses formes : en solitaire, au féminin
- un voyageur au long cours sur trois est une femme - ou en tribu. Ainsi
la famille Marais, originaire de la campagne charentaise. En juin 1999,
Annie, Stéphane et leur progéniture (Léo, deux ans,
encore en couches, Lola, quatre ans, et Louise, six ans) décident
de tout vendre, jusqu'aux jouets des enfants, pour s'offrir le luxe de
partir quatre ans en camping-car autour du monde. Un cas isolé ?
Loin de là : les livres de voyage narrant un tour du monde
en famille sont légion dans les librairies.
Ces grands voyageurs ont-ils un profil-type ? Non. Mais des points
communs, oui. Ils aiment vivre en décalage de la société,
sans pour cela se marginaliser au point de vivre comme des hippies. Ces
êtres d'exception, passionnés et impétueux, mettent
leur vie au service de leurs rêves. Bref, ces nomades avides de
sensations nouvelles et d'émotions taille XXL préfèrent
les sirènes du grand large aux sirènes urbaines. Plutôt
sauter du train en marche que suivre les rails d'une vie bien réglée.
Courage ou inconscience ?
Portrait
d'une globe-trotteuse hors pair
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©
Isabelle Vayron
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Elle
a galopé dans le bush australien, sillonné les ruelles de
Kaboul à moto et pédalé sur quelque 17 500 km
entre Paris et Pékin : à trente ans, Isabelle Vayron
décline au féminin le mythe de l'aventurier baroudeur. Ce
bout de femme au caractère bien trempé croque le monde à
son rythme, c'est-à-dire à toute allure. Car Isabelle a
le voyage chevillé au corps depuis qu'elle est toute petite. À
vingt ans, elle intègre l'Institut supérieur de journalisme
de Paris, « dans l'espoir de pouvoir vivre un jour de mes
voyages ». Et si au retour d'un périple de six
mois en Océanie aux côtés des cow-boys, elle éprouve
quelques difficultés à vendre ses photos, qu'à cela
ne tienne ! Elle se lance à corps perdu dans un nouveau projet.
Cette fois, ce sera avec Xavier, son cousin ingénieur en informatique,
qui se morfond derrière son ordinateur. Déroutante de simplicité,
elle explique qu'au début, Xavier veut aller en Syrie, alors qu'elle
meurt d'envie de s'acheter des chevaux en Mongolie : le projet Paris-Pékin
est né. Partis pour un an, ils ne rentreront que deux ans plus
tard. Et puis, c'est décidé, ce sera à vélo.
Pourquoi ? « Pour le silence. Pour les routes très
peu fréquentées où les voitures circulent mal ou
peu. Et puis l'effort physique permet de s'approprier l'endroit, de le
ressentir. » Drôle de défi pour celle qui,
à l'âge de cinq ans, perd son ouïe gauche à 100 %
et donc le sens de l'équilibre, après une chute sur la tête.
Peu importe, ils sillonneront joyeusement les sentiers boueux de Turquie,
les routes inondées du Cambodge, les pistes sablonneuses du Sahara
et les chemins d'Éthiopie.
Isabelle l'intrépide (trente-sept fractures à son actif !)
adore sortir des sentiers battus, mais elle reconnaît que dans la
vie, il est parfois difficile d'« emprunter des chemins
de traverse, de prendre un itinéraire un peu bancal ».
Née à Lille, ville bourgeoise où « l'on
vous met vite sur des rails : le bac, les études… »,
elle craint de se retourner un jour et de se rendre compte que sa vie
ne ressemble pas à ce qu'elle voulait en faire. Alors elle décide
de mettre sa vie au service de ses rêves, malgré les embûches :
« Pendant huit ans, je n'ai pas gagné un centime.
Je ne savais pas toujours comment j'allais payer mon loyer ».
Malgré, aussi, quelques « grosses crises de doute,
douloureuses ». Après les mois de travail qui suivent
le tour du monde - il faut vendre les photos, diffuser le livre Échos
d'Orient, monter le film… - elle finit même par « s'écrouler ».
Un passage à vide qui dure quatre ou cinq mois. Jusqu'à
ce que son cousin, qui lui reproche affectueusement d'être vite
contrariée et d'avoir mauvais caractère, l'aide à
rebondir, grâce à de nouveaux projets. Les voilà repartis,
grâce à une bourse de 15 000 € allouée
par la SACEM, pour retrouver les musiciens rencontrés pendant leur
tour du monde, et les payer.
À l'entendre, enthousiaste et impétueuse, la joie de mener
une vie de globe-trotter reste donc la plus forte : « Je
me lève tous les matins avec l'impression d'avoir choisi tout ce
que j'ai fait ». Elle-même ne sait pas d'où
lui vient cette passion du voyage : peut-être de sa grand-mère,
« une grande journaliste qui a fait le tour du monde quinze
fois » ? À moins que ce ne soit Ushuaïa
qui ait suscité cette vocation : petite, elle regardait Nicolas
Hulot, en rêvant qu'elle aussi irait un jour à la rencontre
de ces grands espaces.
Aujourd'hui, elle se sent heureuse, libre et épanouie, parce que
« sortir de la trajectoire, c'est dur, mais génial ».
Rendez-vous compte : à trente ans, elle vient de décrocher
un emploi, et pour la première fois, elle va « travailler
pour quelqu'un d'autre » ! Derrière l'aventurière,
la petite fille.

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