À Yarkand, les traces chinoises se font déjà beaucoup plus discrètes, et l'on est irrésistiblement attiré vers la chaleur de la partie musulmane de la ville, autour de la grande mosquée Altyn, peuplée de musulmans à la longue barbe qui prient en silence. J'ai néanmoins pu visiter la mosquée juste avant l'heure de la prière, le temps de la traverser vers l'immense cimetière qui la jouxte. Les tombes semblent s'étendre à l'infini, et aucune ne porte de nom ni de date. De la terre, du sable qui vole autour des noisetiers et des mûriers, quelques tombes accolées forment un cœur, on suppose que des gens se sont aimés. Les allées sinueuses du cimetière sont peuplées d'aksakal perdus dans leurs prières, sous un faisceau de bâtons chamans portant des tissus votifs de toutes les couleurs. En plein milieu, un mausolée royal aux céramiques bleues évoque certains de ces mausolées perdus que j'ai vus un peu partout en Ouzbékistan. De la céramique, de la couleur qui retourne à la terre au fil des siècles et que l'on colmate au ciment. Mais un seul de ces carreaux de faïence suffit à garder sa superbe au bâtiment. Dans les ruelles tout autour, les femmes sont encore plus voilées qu'à Kashgar. On n'est pas tout à fait dans l'Islam pur et dur, mais ça en a les couleurs. La vieille ville est moins étendue qu'à Kachgar. Deux rues, à vrai dire. L'une est investie par les ferrailleurs et charbonniers au visage noir de suie dont on ne saurait plus dire s'il s'agit ou pas de leur couleur naturelle. Sitôt franchi un bloc de maisons, on se retrouve dans la vieille ville chinoise.
Cent soixante-dix kilomètres plus à l'Est, Hotan s'est avéré une étape un peu décevante. La route jusqu'à cette autre cité de la route de la soie est littéralement embouteillée de charrettes nonchalamment tirées par des ânes et montées par des familles entières avec leur cargaison et leurs achats. La route du désert est bordée de maisons de terre à l'entrée desquelles les aksakals se retrouvent sur les bancs pour jouer aux cartes, aux dés, ou pour tout simplement regarder la circulation. Le réseau d'irrigation a élargi les champs de culture et les espaces boisés, et pour l'instant, difficile de se rendre compte que l'on est aux marges du Takla-Makan. La ville vaut le détour pour son marché du dimanche, où l'on trouve, dit-on, la plus belle jade de Chine, mais en hiver, les autres jours de la semaine, force est d'admettre que le rêve oriental n'est pas vraiment au rendez-vous.