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Kachgar, la ville mythique

Kachgar, la ville mythique

Kachgar est un de ces noms mythiques qui glissent sur la langue avec tout un lot d'images qui nous attirent comme la lumière attire un papillon de nuit. Il faut pourtant la chercher, la Kachgar mythique. Elle ne s'est pas cachée, mais les Chinois l'ont bien camouflée. Tout commence par une grande ville à la chinoise, avec ses néons, sa statue de Mao, ses grands magasins aux lumières étourdissantes, ses lampions rouges…

On ne peut éviter d'être déçu et, finalement, même le légendaire bazar du dimanche se découvre un peu désert en ce frisquet matin d'hiver. Les touristes sont rares, et croisent sous les allées couvertes plus de vendeurs de couteaux traditionnels que de véritables marchands. En sortant de la partie couverte du bazar règne déjà une partie plus authentique où l'on apprécie la foule plus dense, l'odeur de brochettes et les bols de soupe pour se réchauffer des - 20 °C ambiants. Je retrouve les traditionnels chachliks et oshs d'Asie centrale. Les marchands arrivent de loin. La charrette est garée, un Chinois, ou plus fréquemment un Ouïghour vient décharger une cargaison de viande, ou des derniers melons de la saison passée, ou de peaux de mouton.

On passe le marché aux animaux, souriant en regardant les Chinois négocier des chiens pour on ne sait quel usage. Et puis les pas mènent innocemment vers la colline, vers ces maisons miteuses et croulantes aperçues depuis le bus dans l'avenue centrale. Le marbre fait place à la terre et au stuc. Des mosquées poussent à tous les coins de rue. Des gamins se bousculent à chaque carrefour. On passe de l'ombre au soleil au gré des passages couverts ou des maisons construites les unes sur les autres par-dessus les ruelles, on apprécie les venelles de terre battue. Les mollahs vous saluent, on voit passer des fantômes de femmes à la tête et aux épaules entièrement recouvertes d'un voile marron, l'équivalent local du tchadri afghan, mais en bien moins élégant s'il fallait émettre un jugement esthétique.

Partout survivent des maisons de marchands des siècles passés, superbes bâtisses de bois jamais repeintes depuis quatre cents ans, aux fresques végétales estompées, aux grands balcons où devaient se négocier les plus importantes affaires, donnant sur des cours où des arbres centenaires ont dû régaler de fruits tant de générations. Au rez-de-chaussée, on mange, on coiffe, on rase, on recoud, on rafistole… Aucun Chinois par ici, quelques vieillards aux barbes blanches qui discutent du temps qui passe. Quelques impressions mythiques à emporter en souvenir…

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Photo : Hervé Kerros



 


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