Urumqi, au cœur de l'hiver. La température est de - 20 °C. J'arrive après un trajet de près de quarante heures en train, en provenance du Kazakhstan, dont une dizaine passée à la douane où les policiers des deux côtés fouillent les wagons de fond en comble. Il arrive, dans un sens ou dans l'autre, que des Chinois ou des Kazakhs clandestins soient découverts dans les faux plafonds, ou même sous les roues, tentant de se rendre clandestinement en Russie pour les uns, en Chine pour les autres, en quête d'une meilleure situation, ou simplement pour vendre à meilleur profit quelques denrées. Urumqi, la capitale du Xinjiang, est une ville fade, sans doute facile à vivre, mais pas très palpitante. Pour moi, l'excitation est plus grande de découvrir le désert du Takla-Makan et sa mythique Kachgar, 1 500 km plus à l'Ouest. En outre, le peuple ouïghour est le seul peuple turcophone d'Asie centrale que je n'ai pas encore côtoyé.
Je pensais dans un premier temps arriver directement à Kachgar depuis le Kirghizstan, où je me trouvais voici un mois, mais le franchissement des passes d'Irkhestam ou de Torugart en plein hiver est plus qu'aléatoire. Raison de mon détour par le Kazakhstan, où un train relie Almaty à Urumqi deux fois par semaine. Après trois mois à sillonner l'Asie centrale, où je commençais à me sentir un peu chez moi, le changement est brusque. Ne serait-ce que pour lire les indications de rue et de direction : alors que je commençais tout juste à maîtriser le cyrillique, ici tout est écrit en mandarin ou en turc ancien…
Ce n'est pas le seul inconvénient : l'ensemble de la Chine vit à l'heure de Pékin, sans tenir compte des réalités et des fuseaux horaires. Ce qui contraint à des levers à l'aube pour se rendre à une banque ou à la poste, et crée des surprises pour les heures de réveil. L'ensemble de la région fonctionne en fait avec l'heure officielle, pour les administrations, et une heure officieuse pour les habitants, chauffeurs de taxi et quelques gares.