C’est par la « grande plaine » de Narsarsuaq qu’Erik le Rouge, chassé d’Islande, a découvert, par le Sud, la « terre verte » du Groenland en 985. Une région fertile où il a immédiatement décidé de fonder une colonie de Vikings à Qassiarsuk sur le site de Brattahild. Quelques maisons norroises y ont, depuis, été reconstruites.
Nous sortons pulls et anoraks, bonnets et gants, pour braver le froid qui ne va pas manquer de s’emparer de nous une fois sur l’eau. Car nous nous apprêtons à naviguer, trois heures durant, dans le fjord de Qoroq ! Deux gros vaisseaux sont là pour nous rappeler que les Américains ont construit, en 1941, une base militaire sur l’aéroport (devenu civil) où nous avons atterri. Mais ce n’est pas sur un de ces mastodontes que nous nous apprêtons à embarquer.
Encore un peu de patience. Et nous voilà dans un brouillard à couper au couteau ! Il faut glisser lentement et prudemment afin d’éviter d’éperonner la coque de notre petit bateau. Plus nous avançons et plus les icebergs se reflétant dans l’immensité liquide nous apparaissent gigantesques. Et nous ne voyons que les 10 % du volume émergé ! Pas moins de 200 000 tonnes de glace sont ainsi lâchées quotidiennement par le glacier Qoorqut Sermiat. Souvent d’un blanc immaculé, parfois d’un gris sale, ces magnifiques formes sculptées sont quelquefois d’un bleu intense, à tel point qu’on les croirait mélangées à un colorant fluo ! Il s’agit, bien sûr, d’un phénomène naturel : plus la glace contient d’oxygène, plus elle est blanche ; plus elle contient du dioxyde de carbone, plus elle est bleue. Nous coupons le moteur de l’embarcation pour écouter le silence que rien ne vient troubler. Instant magique, comme si le temps s’était arrêté.