Le lendemain matin, nous prenons le petit déjeuner au bord de l'eau. L'hôtel Sudu Aralyia donne sur le lac. Ses chambres sont très correctes. Mais sa cuisine est infecte. Veejay nous fait emprunter la route qui longe le réservoir. Il s'arrête bientôt sur un petit terre-plein et pointe une guest-house qui se dresse sur la rive, à quelques centaines de mètres de là. " Vous voyez la maison sur pilotis là-bas ? ", nous demande-t-il dans son anglais rocailleux. " La grande pièce blanche qui avance au dessus de l'eau fut construite en 1954 pour la venue de la reine Elizabeth. La chambre fait près de 50 mètres carrés. Elle est aujourd'hui transformée en restaurant ! " Il remonte dans la voiture et met le moteur en marche.
Nous allons recroiser plusieurs fois le chemin de la reine britannique. Chaque fois, notre chauffeur nous en parlera avec un immense respect. Colonisé par les Anglais, après une longue domination portugaise puis hollandaise, le Sri Lanka a conservé beaucoup de traces du passage des sujets de sa gracieuse Majesté. À commencer par une approche apocalyptique de la gastronomie, servie dans les hôtels !
Nous nous arrêtons d'abord à Sigiryia, véritable nid d'aigle perché au sommet d'un impressionnant monolithe de 200 mètres de haut, planté au milieu de la forêt. Difficile d'imaginer que la citadelle fut bâtie au Ve siècle de notre ère par un monarque parano, persuadé que son frère voulait le tuer. C'est pourtant la réalité. On n'ose imaginer les conditions de travail des ouvriers qui participèrent à la construction de ce monumental édifice. Comment firent-ils donc pour transporter les matériaux ? Veejay a son idée. " À l'époque l'île était peuplée de géants. C'est pourquoi une telle entreprise fut possible ". Car l'escalier (vertigineux) qui grimpe jusqu'au sommet n'existait pas !
Je fais plusieurs photos des fresques rupestres (rénovées récemment par une équipe d'archéologues italiens) et m'attarde un long moment sur le terre-plein aérien où je me risque à plusieurs " portraits volés ".