Première étape : Pinnawela

Après dix heures de vol dans un charter portugais (l'improbable compagnie " Yes " dont les appuie-tête sont estampillés " Louxor Air " tandis que les sacs à vomi portent l'inscription de la compagnie " Yemenia "), nous y sommes enfin ! Le soleil vient de se lever sur Colombo. Une brutale bouffée de chaleur nous balaye le visage comme nous sortons de l'appareil. Les douaniers encore ensommeillés se frottent les yeux, les paupières lourdes. Veejay nous attend. Il nous conduit à notre voiture.
Notre chauffeur est un ancien flic. Et, à ce titre, il sait trouver les mots pour passer, sans encombre, les barrages militaires qui entourent l'aéroport. Depuis l'attaque des Tigres Tamouls en décembre 1999, les forces de l'ordre quadrillent l'endroit, fouillant parfois les voitures et leurs passagers. Nous gagnons un temps précieux grâce à Veejay. Il nous montrera plus tard sa carte de policier avec une grande fierté.
Le ciel plombé laisse entendre que la saison sèche touche à son terme. Dans les champs, les rizières sont à sec. Un vent léger souffle dans les palmeraies. M. me confie que c'est son premier voyage en Asie. Ayant lu dans l'avion " le Poisson Scorpion " de Nicolas Bouvier, qui se déroule à Ceylan, je guette sur le bord de la route les éléphants et les plages paradisiaques décrites par l'écrivain suisse. Mais la route ne longe que des champs. Nous nous enfonçons à l'intérieur des terres.
Premier arrêt : Pinnawela. L'endroit est un orphelinat d'éléphanteaux dont la tétée d'énormes biberons (tous les matins entre 9 et 10 heures) figure comme la principale attraction. L'exploitation est en réalité une véritable réserve où s'égaillent près d'une soixantaine d'éléphants adultes, le long d'un cours d'eau (le Mahaweli). Sur les bords de la rivière toute proche, aux rives aménagées de nombreux restaurants, des villageois se sont installés sur des rochers. Nous les suivons et nous asseyons à la terrasse d'un café où nous prenons notre petit déjeuner en contemplant le bain d'une quinzaine d'éléphants. Au loin, les montagnes dessinent un horizon en dents de scie. Il y a là, quelque part, le pic d'Adam dont la légende veut qu'il eût été foulé par Bouddha, lors de l'un de ses trois voyages sur l'île. La lumière, désormais forte, écrase un peu les couleurs. Et les hérons blancs, qui flânaient jusque-là sur le dos des buffles, regagnent à grands battements d'ailes l'ombre plus accueillante de la forêt voisine. La journée s'annonce chaude. Les pachydermes s'ébrouent dans la poussière, se couvrant de boue, pour se protéger du soleil. Nous reprenons notre route.



Concours Routard.com