Cette sensation de densité humaine n'est pas une simple vue de l'esprit : près de la moitié de la population de la cité vit dans les murs de la médina, ce qui fait tout de même 400 000 habitants cohabitant sur 600 hectares, soit 60 000 Marrakchis au km2 ! Ajoutez à cela les touristes venus comme moi découvrir cette place mondialement connue et les souks qui la bordent sur son côté nord et vous aurez une petite idée de ce qu'on peut ressentir, même quand on est dûment prévenu par les lignes du Routard !
Ma pensée vagabonde à la vue de cette trépidation, de ce monde qui y travaille et y vit, car non seulement on commerce place Jemaa-el-Fna, mais on y mange aussi. Deux fois par jour, tables et bancs cernent une cuisine installée en deux temps trois mouvements autour d'un brasero. L'ami marocain qui nous accompagne nous explique le sérieux de ces échoppes ; la mairie leur attribue un numéro pour éviter toute arnaque et les mets présentés ici sont préparés à l'avance, sauf, bien sûr, ce qui sera cuit sur place sous l'œil du client.
Une telle organisation au milieu de cette multitude me laisse baba. En fait, malgré ses airs de désordre et de chaos, sa chaleur et son soleil, ses charrettes tirées par des ânes ou des hommes, ses voitures et ses taxis aux Klaxons promptement enfoncés, ses calèches et ses touristes emballés dans des shorts aux couleurs vives, arborant leurs appareils photos tels de modernes totems, ce lieu fourmillant est bien plus structuré qu'il n'y paraît.