Uliastai : dans l’immensité![]() Uliastai, capitale de l'aimag de Zafran, au Nord-Ouest. À 300 km de Tariat. Le trajet fut long et c'est un euphémisme de dire que les pistes mongoles sont fatigantes. Le temps était encore au déluge. On ne voyait pas à 100 m. Trois gars ont accepté de m'emmener, des géologues. On a partagé le ouaz beige pendant vingt heures de galère. Les paysages d'Arkhangai ont défilé à vingt à l'heure, vitesse idéale pour les apprécier à leur juste valeur. Le ouaz a pataugé comme un enfant pas sage dans les flaques, les mares de boue, les rivières et les trous qui jalonnent le chemin. Il n'y a évidemment pas de route, que des traces de pneus dans la terre, la mouise et l'herbe, trois, six, douze traces, chacun créant les siennes pour ne pas repasser dans les précédentes. Un peu de chance nous a permis d'accoster sans rester pris dans les eaux turbulentes et hostiles : un pont était cassé, vraiment effondré. La rivière en tumulte semblait profonde. Un cadavre de voiture russe, genre Lada, en pire, et jaune vif de surcroît, patientait sans espoir aux portes du Styx infranchissable. Ses passagers, noyés dans la vodka, eux, nous encourageaient à tenter le coup. On se lance, on y croit un peu, on cale et le moteur se noie. Le niveau monte à l'intérieur, on lève les pieds. Le chauffeur allume une clope et attend un miracle. Du coup, le miracle arrive, tout fumant, fier sur ses gros pneus. Le pont, ils essaient de le réparer, alors il y a des engins pour. La pelleteuse nous accroche à ses fesses et tire paisiblement. Un jeu d'enfant, il n'y avait plus qu'à ouvrir les portières pour que l'eau s'écoule en cascade du ventre de notre machine. Puis on a démarré, et le pot d'échappement a craché des litres et des litres. On pourra ironiser à l'envi sur la mécanique russe, les incessants trifouillages sous le capot, toujours est-il qu'aucune voiture de chez nous n'aurait redémarré après ça.
Photo : David Giason |
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