L'un des avantages de l'auto-stop, c'est qu'on nous jette parfois dans des coins où personne n'aurait idée de s'arrêter. Là, je suis en plein Gobi-Ouest, dans l'infiniment caillouteux, au bord d'une piste paraît-il passante. Les cow-boys qui m'ont lâché là m'ont rassuré sur ce point. Et puis, ils m'ont dit qu'il y avait une auberge 50 km plus loin. Chouette. Me voilà donc assis, paisible, sur un monticule, le seul monticule à des kilomètres à la ronde, entouré des mirages bleus dont mon horizon a soif. J'aperçois quelques chameaux au loin. Ils semblent les seuls êtres vivants à pouvoir s'épanouir dans un tel désastre végétal. Au cours des derniers cinquante kilomètres de caillou, nous avons croisé quelques gers et même un troupeau de moutons et de chèvres. Hommes et bêtes, leur subsistance demeure pour moi un grand mystère. Ici, c'est donc le désert, mais sans sable. Le Gobi ne compte que 3 % de surface sableuse. Le reste, le voilà : de la caillasse à n'en plus finir, d'innombrables buissons d'épines. Il y a même un oiseau et, comble de l'incompréhensible, il chante !