C'est le jour du départ rêvé depuis un an, imaginé tant et tant de fois que j'ai bien du mal à y croire. 19 h 30, porte de Bagnolet. Le bus Eurolines tout rempli de Croates qui rentrent au pays est déjà prêt à démarrer. Moi aussi. Émerveillée par ce rêve devenu réalité. Il n'y avait plus qu'à me hisser dans ce bus, prendre place sur un siège et me laisser porter jusqu'à Zagreb où mon voyage sur les pas de Nicolas Bouvier allait commencer.
Quelques grammes d'inquiétude se mêlent au bonheur prodigieux : ai-je bien mesuré l'ampleur de ce projet ? Je m'en vais pour neuf mois sillonner seule les routes du monde ! Que vais-je découvrir ? Saurais-je seulement tenir ? D'un revers de main, je balaye les doutes pour laisser place à l'incommensurable joie d'être libre.
Dans la soute du bus, cinq kilos de bagages. Un sac à dos. Un appareil photo, un lecteur de mini-disques, un micro pour enregistrer des sons. Tous mes sens affûtés, prêts à recevoir les cadeaux que les pays daigneront peut-être m'offrir si je me montre digne d'eux. Un carnet vierge, quelques stylos et de quoi bricoler sur des coins de table : tube de colle, ciseaux, crayons, boîte d'aquarelle.
Il n'y a plus qu'à se frotter au monde. Lire la suite...