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Fer et cuivre : le djebel Akhdar

Fer et cuivre : le djebel Akhdar

Au checkpoint du djebel Akhdar, un militaire en treillis orange, chaussé de Pataugas et coiffé d'un béret écarlate scrute le document que lui tend le guide. Il s'agit d'un permis de passage (que l'on se fait délivrer dans les hôtels de la région) pour pouvoir pénétrer dans cette chaîne de montagnes gardée par l'armée omanaise. Pendant la première moitié du XXe siècle, ces terres furent le champs de bataille entre le sultan, appuyé par les forces britanniques, et l'imam, soutenu par les tribus de l'intérieur. Cette guerre se solda par une expulsion du dernier imam ibadite en 1959. Les tribus sont désormais pacifiées ; néanmoins, la zone reste sous contrôle militaire. La barrière se lève en même temps que la main droite du soldat qui nous souhaite une bonne continuation. Au premier virage, un camion-benne nous double en poudrant le décor sur des kilomètres alentour. Yahya se montre non seulement un bon chauffeur, mais aussi un guide attentionné. D'abord, il diminue la vitesse afin de laisser le temps à l'épais nuage de se dissiper. Puis, il enclenche la traction arrière pour commencer notre montée en serpentant dans cette topographie très rude. On croise une foule d'ouvriers pakistanais et indiens, le cou et le visage couverts par une chéchia, mais sans aucune protection pour les yeux. Ces Hercule des temps modernes s'acharnent à aplatir le terrain et à goudronner une longue route par laquelle on pourra bientôt rejoindre les sommets avec moins de peine. À chaque virage, les plis de la chaîne montagneuse nous révèlent le vert des collines regorgeant de cuivre, les veines ferrugineuses taillées à vif par les morsures des pelleteuses. Ça, c'est notre réserve quand les ressources en pétrole seront épuisées, me confie Yahya. Ça, et le tourisme, j'espère que tu es conquis par notre patrimoine. J'acquiesce. Je suis aussi séduit par leur politesse et leur tolérance. Notre objectif : le Diana's point, un promontoire du djebel Akhdar à 3 000 m d'altitude depuis lequel on domine les vallées environnantes et les cultures en terrasse. Les pierres noires couvertes de graffitis en arabe témoignent de la présence des locaux venus certainement admirer leur sublime patrimoine géologique non sans une pointe de nostalgie et de curiosité. Une haie symbolique faite de cailloux blancs délimitent le campement où la princesse de Galles séjourna dans les années quatre-vingt. Les montagnards du djebel Akhdar (littéralement, la montagne verte) ont su faire parler la nature. Là où le vent sculpte les flancs des montagnes, offerts à tous les caprices de l'artiste, l'homme a aménagé les rochers pour en faire des terrasses cultivables. L'eau est récupérée par un astucieux système de falaj, ou canaux d'irrigation, et les arbres fruitiers, la vigne et les rosiers lui offrent ses primeurs depuis des siècles. Au village accroché à la falaise, nous achetons quelques bouteilles d'eau de rose pour nettoyer nos visages talqués par la route. Après une marche apaisante, on redoute le retour sur les chemins pierreux qui cassent les lames de suspension et toutes les vertèbres de nos corps torturés. Mais la descente s'est avérée moins ennuyeuse. Tour à tour, nous avons pris en stop un marchand de ruches et un policier. La politesse des gens du cru veut que l'on demande la permission de tous les passagers avant de monter dans la voiture. Yahya semblait amusé à l'idée d'avoir un peu de compagnie et de causer en arabe pour se changer les idées. De mon côté, je ne voyais pas d'inconvénient, bien au contraire, j'attendais impatiemment le moment de faire des rencontres, même avec la barrière de la langue. J'ai fait passer l'eau de rose pour nous rafraîchir et les stoppeurs nous ont proposé du halwa fait maison coupé en dés. Nous les avons enfin déposés à quatre heures pétantes à Birkat Almouz devant la mosquée, au moment où les haut-parleurs appelaient à la prière. Retour sur l'asphalte : une délivrance pour les os, gros regrets pour le paysage. À Oman, les montagnes, il faut les mériter. Yahya me dit de ne pas m'en faire, nous traverserons bientôt un autre versant de la chaîne de l'Akhdar en chemin vers le wadi Bani Awf. De nouvelles secousses en perspective.

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Photo : Claudio Tombari



 


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