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Istanbul, le 26 juillet

" Je vous ai réservé une chambre dans un charmant petit hôtel, dans le vieux quartier de Beyazit et je connais le patron, il est très sympa ", nous téléphone gentiment notre cousine d'Istanbul - exilée depuis peu à New York, on comprendra plus tard pourquoi -, au courant de notre recherche de logement pour un séjour dans la capitale turque. Pour tout avouer, en guise de charmant petit hôtel, le taxi nous a déposés devant une espèce d'immeuble ressemblant davantage à une usine désaffectée dont l'architecte se serait inspiré du style soviétique plutôt que du Raffles de Singapour. Évidemment, à 18 US$ la chambre double, il ne fallait pas s'attendre à des merveilles. Mais on entre quand même, car souvent en voyage, des miracles peuvent se produire. Eh non, ce ne sera pas pour cette fois. À la réception, on nous tend les clés accompagnées de quelques mots de bienvenue en turc, car ici on ne comprend pas l'anglais, il ne faut pas pousser non plus. En revanche, on aurait eu plus de chance avec le russe ou le géorgien, en témoignent les affichettes dans les deux langues punaisées derrière le comptoir. En effet, il ne faut pas s'y méprendre. Le Cubuk n'est pas vraiment un hôtel de tourisme. Ce serait plutôt une halte pour " négociants-trafiquants " venus de toute l'ex-Union soviétique pour faire leurs achats en Turquie. Il suffisait de voir les énormes paquets amoncelés dans le hall pour comprendre, d'autant que Beyazit est l'équivalent de notre Sentier parisien. Passons. Nous voilà maintenant dans notre chambre nuptiale à inspecter la literie dans tous les sens, notre expérience des hôtels de luxe nous ayant dicté depuis longtemps ce principe de base. À présent la salle de bains. Ah ! la salle de bains. Tout un poème ! Le problème majeur, hormis la saleté de l'endroit, est que le tuyau d'arrivée d'eau n'était pas raccordé aux w.-c.. Bien entendu, nous ne le savions pas. Du coup, je tire la chasse et j'inonde la chambre. Vite, on sauve les sacs laissés à terre et on attrape au vol une femme de chambre qui passait dans le couloir. Évidemment, il est très difficile de se faire comprendre dans une langue qu'on ne parle pas, notamment lorsqu'il s'agit d'histoires de plomberie. La seule chose qu'elle ait compris est " problem " et " toalet ". Mais, pour nous prouver qu'elle compatissait à notre triste sort, la malheureuse se met elle aussi à tirer la chasse d'eau. Deuxième inondation. Deuxième sauvetage. Affolée, elle lance une longue tirade dans laquelle nous parvenons juste à comprendre " patrone ". Très bien, allons chercher le " patrone ". Il arrive, espérons juste qu'il ne va pas tirer à son tour sur cette maudite ficelle. Non, visiblement le problème s'est déjà produit et il sait comment le résoudre. Voilà, c'est fait. Merci " patrone ", ce n'était pas si compliqué après tout. Arrive le soir. Nous sortons dîner et en retournant à l'hôtel, nous rencontrons au deuxième étage un Géorgien qui avait investi tout le palier avec un stock de tapis qu'il était en train d'emballer. Curieux, mais nous n'en sommes pas à notre première bizarrerie au Cubuk Oteli. Puis, au troisième, alors que nous voulions ouvrir notre porte, il a fallu déloger trois Macédoniens occupés à retirer des étiquettes sur des piles de vêtements prêts à être empaquetés. Très sympathiques du reste, ces Macédoniens, mais un peu moins quand nous nous sommes aperçus que leur petite affaire allait durer toute la nuit. D'autant que leurs copains russes qui discutaient (criaient serait un terme plus approprié) dans la rue sont montés les rejoindre avec des provisions de bière histoire de continuer la causette. Sans compter deux autres zozos jouant au nardi sur le trottoir d'en face (il était quand même 3 h 30 du matin) et un improbable spectateur qui n'a rien trouvé de mieux à faire à cette heure-ci que de choisir la sonnerie de son téléphone portable. J'avoue qu'entre la lambada et la Lettre à Élise, mon cœur ne balançait pas, mais exprimait une irrépressible envie de meurtre. Parce que tout ça n'est pas fini, non. Après à peine deux heures de sommeil, nous avons eu droit au muezzin (il n'était pas censé savoir qu'on aurait bien aimé dormir un peu), tandis qu'un des commerçants d'une boutique en bas de l'hôtel se mettait à graisser son rideau de fer. Ce qui est sûr, c'est qu'au bout d'une centaine de levés et de baissés de rideau, nous nous sommes promis de décamper dès que possible.

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