Vilnius, un bijou balte en Lituanie

Vilnius, un bijou balte en Lituanie
© Ekaterina Pokrovsky - Fotolia

Magnifique écrin d’influences, Vilnius est l’une des plus belles villes baroques d’Europe. Multiculturelle, influencée par l’Est et l’Ouest, la « Jérusalem du Nord » a retranscrit sa diversité dans l’architecture, mais aussi dans les traditions et les religions. Si la ville ne renie rien de son passé, un vent de liberté souffle aujourd’hui dans ses bars branchés et dans le quartier d’Užupis. À 2 h 30 de vol de Paris, cette capitale à taille humaine, qui étonne par son éclectisme, est aussi colorée et surprenante qu’un kaléidoscope.

Une ville d’histoire, siège du grand-duché de Lituanie

Une ville d’histoire, siège du grand-duché de Lituanie
Tour de Gediminas © krivinis - Fotolia

Sur des fondations médiévales, les communautés juives et chrétiennes ont bâti synagogues et églises, tandis que les guerres et les incendies ont donné lieu à des édifices de styles novateurs. Au fil de l’histoire, les Lituaniens et Polonais catholiques, les Allemands protestants et les Russes orthodoxes ont fait de Vilnius une Europe en miniature, avec ses fêtes patronales chrétiennes, ses Biergarten à l’allemande, ses bâtiments de style stalinien…

Témoin des événements-clés de l’histoire de la Lituanie, le Palais des Grands-Ducs (Musée national) est perché sur la verdoyante colline de Gediminas. Obéissant à un plan médiéval, il faisait partie intégrante du château du 14e siècle.

Presque tous les souverains lituaniens, les grands-ducs, ont résidé dans le château gothique. Il devint plus tard un palais Renaissance, atteint une sorte d’âge d’or entre le 15e et le 17e siècle en tant que siège du grand-duché de Lituanie, avant d’emprunter au style baroque. De nombreux souverains étrangers passèrent ici, et quelques traités internationaux furent signés entre ces murs.

Tout ce que l’on voit est le fruit d’une reconstruction des années 2000. Née en 1990 du rétablissement de l’indépendance de la Lituanie, l’idée de ce projet pharaonique était de renouer avec l’histoire fastueuse du pays.

L’exposition permanente présente l’organisation du site au Moyen Âge et ses fonctions de résidence historique. De nombreux objets sont exposés : tapisseries, mobilier, bijoux, poêles en faïence, vaisselle, monnaies, armes et armures...

Seul élément subsistant du château d’origine, la tour de Gediminas, de forme octogonale, est le symbole de l’indépendance retrouvée de la Lituanie en 1990.

Pour s’immerger dans les événements marquants de l’histoire de Vilnius, poussez la porte du Telia NonMuseum. Une fresque vidéo de 15 minutes retrace 700 ans d’histoire de Vilnius : les grands-ducs, le passage de Napoléon, la révolution chantante entre 1987 et 1990, le démontage de la statue de Lénine en 1991… Des casques de réalité virtuelle nous propulsent dans les cieux de Lituanie, à la découverte depuis une montgolfière des plus grands sites touristiques et naturels du pays.

Autour de la rue Pilies

Autour de la rue Pilies
Université de Vilnius © rh2010 - Fotolia

La rue Pilies (« rue du château ») marque le cœur de la ville médiévale. Cette rue, la plus vieille de Vilnius, menait au château. Elle conduit toujours le regard vers la tour de Gediminas, sur la colline du château. Elle est bordée de maisons et de palais de nobles et de commerçants, de styles gothique et baroque.

Le long de la rue Pilies, l’université de Vilnius est l’une des plus vieilles d’Europe orientale. Avec ses façades à arcades et galeries séparées de cours intérieures, c’est un bel écrin d’architectures gothique, Renaissance, baroque et classique, à l’image de toute une ville. La bibliothèque rassemble plus de 5 millions de livres et incunables.

De la rue Pilies part la rue Literatu (rue des Littéraires ou gens de lettres). Elle est ainsi nommée en raison des libraires qui y tenaient boutique, et en l’honneur du poète polonais Adam Mickiewicz, qui étudia à la prestigieuse université de Vilnius. Au bas de la rue, des plaques commémoratives en métal, en bois et verre, incrustées dans un mur, rendent hommage aux écrivains.

Un peu plus loin, l’avenue Gedimino Prospektas, équivalent vilnois des Champs-Élysées, trace une ligne droite de 2 km jusqu’à la cathédrale. C’est l’artère chic et commerçante de Vilnius.

La « ville aux cent églises »

La « ville aux cent églises »
© krivinis - Fotolia

Vilnius est surnommée la « ville aux cent églises », en raison de leur nombre et de leur diversité architecturale, du gothique au classique en passant par le baroque.

Perle du gothique tardif quasi flamboyant, l’église Saint-Anne est l’une des plus belles de Vilnius. La façade de briques rouges, tout en verticalité, est surmontée de pinacles. Ne pas manquer l’autel baroque. Petite anecdote : depuis que l’église fut mise à la disposition de la cavalerie napoléonienne, une légende raconte que Napoléon Bonaparte, émerveillé par tant de grâce, pensa à démonter l’église pour la transporter à Paris !

Attenante à Sainte-Anne, l’église des Bernardins abrite de beaux autels en chêne de la région, ainsi que des fresques du 16e siècle. C’est l’endroit où les jeunes Lituaniens rêvent de se marier.

Autre carte postale de Vilnius à l’horizon de Gedimino Prospektas : l’archi-cathédrale basilique de Saint-Stanislas-et-Saint-Ladislas, le plus grand lieu de culte catholique du pays. Derrière sa lumineuse façade néoclassique à colonnades, elle servit de lieu de sépulture aux nobles, princes et évêques du Grand-duché de Lituanie. Sur le parvis de la cathédrale, la tour-clocher, détachée de la cathédrale, est tout aussi emblématique de la ville. Du haut de ses 57 m, elle est l’édifice le mieux préservé de l’ancien mur défensif.

À quelques pas de la tour, baissez les yeux à la recherche de la dalle « Stebuklas » (du « Miracle »), incrustée dans le sol. L’endroit signale le point de départ de la « voie balte ». En 1989, cette gigantesque chaîne humaine réunit près de 2 millions d’Estoniens, Lettons et Lituaniens revendiquant l'indépendance des pays baltes. La tradition veut que l’on se poste sur la dalle, que l’on fasse un vœu, et que l’on pivote à 360° dans l’espoir qu’il soit exaucé…

Remportant la palme de l’église lilliputienne, celle de la Porte de l’Aurore est l’un des symboles de Vilnius. À l’orée de la vieille ville, c’est la seule porte qui subsiste des remparts dont on voit ici une portion bien conservée. Elle s’ouvre sur la route de Minsk. La Porte de l’aurore abrite une minuscule chapelle. La foule s’y presse pour voir une icône miraculeuse de la Vierge Marie (17e siècle), réalisée sur place, et que l’on aperçoit depuis la rue. Cette icône, l’un des plus célèbres ouvrages de peinture Renaissance de Lituanie, une œuvre picturale majeure, fait de la Porte de l’Aurore un grand lieu de pèlerinage.

Chefs-d’œuvre baroques

Chefs-d’œuvre baroques
Eglise Saint-Casimir © chamillew - Fotolia

Vilnius est particulièrement réputée pour ses églises baroques. L’architecte autrichien Johann Christoph Glaubitz fut l’un des artisans et des chantres de ce style à Vilnius.

L’église Saint-Casimir fut la première église baroque de Lituanie, construite par les jésuites. L’élégance de sa façade baroque couleur rose saumon est soulignée par celle des lampadaires qui la gardent. Saint-Casimir est désormais consacrée au culte catholique dans un fastueux intérieur baroque et rococo.

Autre célèbre église baroque, l’église des Apôtres Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Son intérieur est illuminé par la blancheur des sculptures en stuc qui tapissent les murs.

Enfin, l’église orthodoxe du Saint-Esprit est l’une des seules églises orthodoxes de style baroque, et la plus grande église orthodoxe de Lituanie. Fait rare pour une église orthodoxe, son intérieur est tout de stucs et de moulures. Noter l’originalité de l’iconostase, aux tons vert et or.

La « Jérusalem du Nord » et l’ancien ghetto juif

Embellie par ses églises, Vilnius fut aussi le berceau de l’une des plus importantes communautés juives d’Europe, à l’origine de son rayonnement économique.

Les premiers juifs se sont établis à Vilnius dès le 14e siècle. Dans le quartier juif, un jardin d’enfants se dresse à l’emplacement de Grande Synagogue, aujourd’hui disparue. Au 19e siècle, la ville comptait une centaine de synagogues, mais c’est dans les années 1930 que la culture yiddish connut son apogée à Vilnius. Ainsi acquit-elle le titre de « Jérusalem du Nord ».

Cet âge d’or fut brutalement interrompu par la Seconde Guerre mondiale. Déportés et exécutés en masse par les nazis, les juifs lituaniens sont moins de 10 % à avoir survécu à l’Holocauste. Aujourd’hui, la communauté juive de Vilnius compte moins de 500 personnes. Dans les ruelles sinueuses du Grand Ghetto et du Petit Ghetto, deux micro-quartiers, il faut prendre le temps de chercher les rares signes du passé ayant résisté à la destruction.

Entre les maisons basses joliment repeintes, une quête patiente mènera à l’unique synagogue, aux statues, cimetières, enseignes juives, plaques et monuments commémoratifs, noms de rues en hébreu et en yiddish…

Le quartier bohème d’Užupis

Le quartier bohème d’Užupis
© thauwald-pictures - Fotolia

Autoproclamé République indépendante, le quartier alternatif d’Užupis (littéralement, « au-delà de la rivière ») s’étend au-delà de la rivière Vilnia. Aux origines, Užupis était un modeste quartier d’artisans, hérissé de moulins à eau. En une dizaine d’années, ce quartier devenu « tendance » a acquis un prestige certain.

Le quartier n’est pas sans rappeler celui de Christiania à Copenhague et son expérience de ville libre. Car Užupis a sa Constitution – non dénuée de notes d’humour –, son président, son hymne, ses églises, son saint patron…

Quartier des artistes – peintres, sculpteurs et bijoutiers –, Užupis est souvent comparé à Montmartre, et pour cause : une plaque en façade rappelle le jumelage des deux quartiers. Il s’embourgeoise lentement, sans rien perdre de son charme et de sa vitalité.

L’esprit communautaire et bohème d’Užupis est à chercher du côté des maisons brinquebalantes et décaties, des cours cachées, des espaces verts et des sentiers forestiers le long de la rivière Vilnia. Le cœur d’Užupis bat au rythme des concerts, festivals, spectacles et animations littéraires.

Le quartier est en ébullition permanente, à l’image de toute une ville qui se renouvelle. En témoignent une vie étudiante, des bars branchés, des programmes immobiliers, des projets de rénovation et de réhabilitation d’anciens bâtiments soviétiques, l’implantation d’entreprises étrangères, l’apparition en ville de pistes cyclables, de la street-food… Ça bouge à Vilnius, et souvent du côté d’Užupis !

Fiche pratique

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Office de tourisme de Lituanie

Comment y aller ?

2 h 30 de vol au départ de Paris-Charles-de-Gaulle avec Air Baltic. 4 vols directs par semaine.

Où dormir ?

- Radisson Blu Hotel Lietuva : Konstitucijos pr. 20. Dans le quartier d’affaires, une haute tour parmi d’autres sur les rives de la Néris, un peu en aval de la rivière par rapport à la vieille ville (le taxi est donc recommandé pour rejoindre le centre). Chambres spacieuses et mobilier design. Au dernier étage, dans un décor branché quasi-futuriste, le Sky Bar panoramique dévoile une belle carte de cocktails (pas donnés), à siroter en regardant la nuit vilnoise à ses pieds. Juste en face, le centre commercial Europa est l’un des plus grands de la ville.

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Où manger ?

- Sweet Root : Užupio g. 22. L’un des meilleurs restos de Vilnius, signe d’un dynamisme qui s’étend jusque sur la scène culinaire. Bien au-delà du duo classique chou/pommes de terre, une belle expérience gastronomique de dégustation, à vivre dans un cadre design et épuré. Le chef, Justinas Misius, travaille des produits locaux, des fruits et légumes de saison. Chaque plat est servi avec un vin spécifique, car ici, les accords mets et vins sont aussi importants que ce qui se trouve dans l’assiette. Une découverte culinaire qui, de surcroît, a le bon goût d’être à prix doux.

Acheter de l’ambre

- Galerie-musée d’ambre Gintaro : Šv. Mykolo str. 8. L’ambre est présent dans la mer Baltique depuis 50 millions d’années. On y découvre la variété des coloris de l’ambre (jaune bien sûr, mais aussi vert, noir, rouge ou blanc), et des pièces d’ambre dans lesquelles des coquillages ou des moustiques ont été incrustés. Dans la salle voûtée en sous-sol, ne pas manquer, sous le plancher de verre, le lézard entièrement taillé dans de l’ambre. Au milieu des vitrines de bijoux, tester de l’alcool d’ambre (vodka, whisky ou cognac), un breuvage au goût singulier.

Où déguster du fromage lituanien ?

- Fromagerie Džiugas House : Vilniaus g. 17a. Une boutique spécialisée dans le džiugas, un fromage lituanien fermenté et à pâte dure, proche du parmesan. Propose une formule dégustation de fromages de 4 durées d’affinage différentes (12, 18, 24, 36 et 48 mois), à associer avec des vins, blancs et rouges, des marmelades, des morceaux de fruits (pommes, raisins) et des noix. Une jolie légende sur les origines du džiugas vient enrober la dégustation.

S’initier à la peinture lituanienne

- Musée du peintre Vytautas Kasiulis : A. Goštauto g. 1. Découverte aussi inattendue qu’heureuse, le musée consacré au peintre Vytautas Kasiulis (1918-1995) dresse une rétrospective de l’un des plus grands artistes lituaniens, peintre majeur de l’école de Paris, reconnu sur la scène artistique mondiale. Ses voyages à Vienne, Fribourg-en-Brisgau et Paris ont provoqué l’évolution de son style et de ses sujets. L’œuvre de cet artiste polymorphe surprend ainsi par son éclectisme : les thématiques comme la palette de couleurs évoluent au gré de l’actualité du monde et de l’humeur de l’artiste, mais aussi selon son lieu de résidence. Entre gaieté et mélancolie, les deux parfois mêlés, les toiles et esquisses rappellent un Matisse ou un Chagall.

Texte : Marie Borgers

Mise en ligne :

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