Estonie : Tallinn, médiévale et innovante

Estonie : Tallinn, médiévale et innovante
© Marie Borgers

À 3 h de vol de Paris, Tallinn est la plus ancienne capitale d’Europe du Nord. Son centre médiéval est entouré de fortifications entrecoupées de tours : une carte postale qui lui vaut le surnom de « Carcassonne du Nord ». Les occupations qui ont marqué l’histoire de l’Estonie – danoise, germanique, suédoise et soviétique – ont laissé à Tallinn de multiples influences. Du port florissant de la Ligue hanséatique subsistent des demeures bourgeoises à pignons et de belles églises. Tourelles de fortifications, clochers gothiques et girouettes affinent la silhouette de la cité médiévale. Fer de lance d’un pays qui innove, le quartier de Telliskivi voit fleurir les avant-gardes numériques et artistiques. Cap sur une ville riche de son histoire, et qui chaque jour se réinvente.

Toompea, la ville haute

Toompea, la ville haute
Cathédrale orthodoxe Alexandre-Nevski © Marie Borgers

La découverte de Tallinn commence par la « ville haute ». Historiquement, ce quartier servait de lieu de résidence du clergé et de la noblesse, tandis que les artisans et marchands vivaient dans la « ville basse ».

C’est entre le château, la cathédrale et le Parlement que bat le cœur de la vie municipale et politique. Perchés sur la colline, les résidences et palais d’hiver des anciens barons baltes ont conservé leur opulence. Certains abritent des ambassades.

Les terrasses panoramiques de Toompea offrent de magnifiques points de vue sur Tallinn. Ces belvédères permettent de prendre la mesure de la diversité des quartiers. Dans le lacis de ruelles de la ville basse aux accents médiévaux, les maisons sont couvertes de tuiles rouges. En périphérie et jusqu’à la mer Baltique, les faubourgs de la ville moderne sont identifiables à leurs tours de verre. Les terrasses panoramiques révèlent une ville sertie de verdure, d’épaisses forêts s’étendant aux portes de la ville et le long du littoral.

Au sommet de la ville haute, la cathédrale orthodoxe Alexandre-Nevski fut bâtie en 1894 sur décision du tsar russe Alexandre III. Coiffée de clochers à bulbe, cette église néo-byzantine est construite sur le modèle des anciennes églises russes de Moscou. Les messes y sont toujours célébrées dans la langue de Tolstoï pour les « russophones », ces citoyens d’origine russe titulaires du passeport estonien. La plus grande minorité du pays représente en effet près de 20 % de la population en Estonie et, dans Tallinn, ce chiffre atteindrait près de 40 %. L’intérieur de la cathédrale Alexandre-Nevksi est tapissé de mosaïques et d’icônes.

Face à l’église, derrière une façade néo-baroque, le château de Toompea abrite le Parlement estonien.

Vanalinn, le centre médiéval ou ville basse

Vanalinn, le centre médiéval ou ville basse
Raekoja Plats © Marie Borgers

Au pied de la colline, le centre historique de Tallinn a conservé son plan de ville médiévale, avec des tracés de rues obliques. Remarquablement préservé, il arbore une palette de couleurs pastel. C’est un régal de rues pavées et de façades tout en couleurs, à découvrir à pied, sans négliger de passer sous les porches pour bifurquer vers les courettes secrètes. Une fois la nuit tombée, à la lueur des lanternes et des lampadaires en fer forgé, le charme opère.

Pour saisir le caractère médiéval de Tallinn, rien de vaut une flânerie sur Raekoja plats (place de l'Hôtel de Ville), l’épicentre de la ville. Agréablement piétonne, elle est le lieu de tous les rendez-vous, le cœur de la vie sociale de la capitale estonienne. Ici se tiennent marchés et foires artisanales, le festival de la vieille ville, le marché de Noël et quelques concerts.

Les anciennes maisons de riches marchands, reconnaissables à leurs poulies, ont été reconverties en cafés et restaurants qui, aux beaux jours, étendent leurs terrasses sur les pavés. Raekoja plats est ainsi devenu le théâtre d’une vie nocturne dès le mercredi soir.

Dominant la place centrale, l’ancien hôtel de ville (Raekoja) est l’une des mairies gothiques les mieux conservées d’Europe du Nord. La construction doit son équilibre à des lignes massives alliées à la délicatesse d’une architecture gothique. Son beffroi s’inscrit dans la tradition nordique.

Ne quittez pas la place sans avoir goûté à l’atmosphère délicieusement surannée de la pharmacie-musée du Magistrat (Raeapteek). Ouverte en 1422, c’est la plus ancienne pharmacie d’Europe encore en activité à son adresse d’origine ! Attenante à la boutique d’aujourd’hui, une salle de musée (accès libre) expose des pots en céramique et des bocaux dans lesquels flottent des bestioles non identifiées… 

De Raekoja plats partent des rues et ruelles aux noms à consonance médiévale. Comme son nom l’indique en estonien, la rue Pikk est la plus longue de la ville basse. Elle est aussi l’une des plus anciennes. Sur les façades des palais des marchands se joue une symphonie de styles d’architectures : gothique, Renaissance, néo-flamand, baroque, Art nouveau, Jugendstil

Implantées au cœur de ce quartier de maisons bourgeoises, les guildes de marchands et d’artisans héritées de la Hanse sont de véritables cavernes d’Ali Baba. Ces corporations sont le signe de la vitalité artistique de Tallinn. Alors qu’on les traverse pour passer d’une rue à l’autre, elles bruissent encore du travail des artisans que l’on peut voir à l’œuvre. Sur les étals, tissus, lainages, soies et patchworks, bijoux, chapeaux, poteries, articles de maroquinerie, céramiques…

Les remparts médiévaux et leurs tourelles

Les remparts médiévaux et leurs tourelles
Remparts médiévaux © Marie Borgers

La ville basse est entourée de remparts médiévaux jalonnés de tours et de bastions. Cet ensemble de fortifications, l’un des mieux préservés d’Europe, rappelle Carcassonne, avec laquelle Tallinn est d’ailleurs jumelée. La majeure partie de ces fortifications date des 16e et 17e siècles, soit de l’époque suédoise. Les Suédois ont en effet poursuivi l’œuvre de fortification, partiellement en bois, engagée par les Danois.

Il subsiste aujourd’hui, des 4 km d’origine, près de 2 km de remparts en pierre calcaire surmontés de coursives en bois, ainsi que 26 des 50 tours de garde qui entouraient la ville basse. L’ouverture au public de certaines tours (Nunna, Sauna et Kuldjala) et des coursives qui les relient permet de parcourir une partie du chemin de ronde. Aux beaux jours, le festival de fleurs bat son plein au pied de la muraille, où fleurissent des jardins d’agrément créatifs.

Les portes de Viru, deux tours rondes de pré-fortifications du 14e siècle, servaient d’avant-postes. Devenues l’une des cartes postales de Tallinn, elles marquent l’entrée de la rue Viru, l’une des artères principales de la ville basse.

Les églises de Tallinn

Les églises de Tallinn
Cathédrale Sainte-Marie © Marie Borgers

Tallinn est émaillée de pas moins d’une vingtaine d’églises. Les luthériens d’Estonie et les orthodoxes russophones constituent les deux principales communautés religieuses du pays.

Dans la ville haute, la cathédrale Sainte-Marie (Toomkirik), principale église luthérienne d’Estonie, est surnommée « le Dôme » par les Tallinois. Elle est réputée pour la collection d’armoiries qui orne ses murs. L’église fut un lieu de sépulture des barons baltes et de la noblesse, dont on aperçoit encore les loges en bois.

Plus encore que les églises, les clochers donnent à Tallinn sa force de caractère. Dans la ville basse, la tour-clocher de l’église Saint-Olaf (127 m), qui sert encore de repaire aux marins à l’approche, promet l’un des plus beaux panoramas sur la ville. Au 15e siècle, cette église était la plus haute du monde ! Elle est à présent entrée de plain-pied dans le 20e siècle avec un équipement high-tech : des écrans géants et écouteurs pour la traduction simultanée.

Autre tour-clocher caractéristique de Tallinn, celle, octogonale, de l’église du Saint-Esprit (Pühavaimu kirik), lumineuse et drapée de blanc. Surmontant une sobre église gothique, cette tour porte la plus vieille horloge publique de Tallinn.

Devenue quant à elle un musée consacré à l’art religieux, l’église Saint-Nicolas fut fondée par les marchands allemands pour servir de forteresse avant la construction des remparts. On y trouve des retables format XXL, et une bouleversante Danse macabre du 15e siècle.

Le quartier de Kalamaja et Telliskivi

Le quartier de Kalamaja et Telliskivi
Quartier de Telliskivi © Marie Borgers

Pour sentir à quel point Tallinn bouge, direction le quartier bohème de Kalamaja. Sur d’anciens sites industriels, ce quartier populaire est un bel exemple de reconversion. Les maisons de bois colorées des ouvriers et des pêcheurs, aussi appelées « maisons de Tallin », sont l’emblème de Kalamaja, qui abonde aussi en cafés, bars et galeries branchés.

Partie intégrante de Kalamaja, le micro-quartier alternatif de Telliskivi est l’un des fers de lance de la vitalité artistique et technologique de Tallinn. En quelques années, artistes et créateurs ont réinvesti une ancienne friche ferroviaire de la période soviétique pour en faire un quartier tendance. En voie de boboïsation, ce quartier bohème est surnommé « Telliskivi Creative City ».

Les pavillons de Telliskivi vibrent au rythme d’un bouillonnement créatif mené de concert par des boutiques design, des galeries et installations d’art contemporain, un marché aux puces, des commerces de bouche équitables, des bars et restos branchés. Autant d’adresses tenues par une poignée de hipsters.

Quartier des arts et spot de street art, Telliskivi abrite aussi une pépinière high-tech. Dans les anciens entrepôts et usines à présent couverts de graffs, de nombreuses start-up se sont distinguées dans les nouvelles technologies de l’information, comme Skype. Tallinn est décrite par le New York Times comme une « Silicon Valley de la mer Baltique », et Telliskivi est à l’image d’une ville et d’un pays qui regardent vers l’avenir et vers l’Europe.

Dans le quartier de Kalamaja toujours, le Lennusadam (port des hydravions ou Musée maritime) est l’un des musées les plus originaux de Tallinn. Son architecture et son aménagement intérieur fascinent tout autant que ses collections. Sous le toit-coupole d’un ancien hangar à hydravions, une passerelle permet de s’approcher au plus près des barques, catamarans, voiliers et balises. Elle donne accès aux espaces confinés du sous-marin Lembit, la pièce maîtresse du musée. Ne pas manquer non plus la coque du Maasilinna Ship, le plus ancien bateau du musée, datant du 16e siècle.

Les faubourgs de Tallinn

Autre exemple de réhabilitation d’ensemble industriel, le quartier d’affaires de Rotermann et son architecture ultramoderne. Bien au-delà du business, Rotermann affiche aussi sa vitalité sur la scène culturelle.

Changement d’ambiance dans le quartier résidentiel et généreusement arboré du château de Kadriorg. Ce bijou de style baroque nordique fut aménagé par Pierre le Grand pour Catherine Ire. Le musée des Beaux-Arts y expose des tableaux de maîtres occidentaux et russes des 16e au 20s. Tout aussi baroque, le parc du château, avec ses fontaines, ses statues et ses étangs, est un lieu de promenade dominicale apprécié des Tallinnois.

Attardons-nous dans cet environnement boisé, entre les palais et les maisons en bois, pour nous diriger vers le musée d’Art Kumu (Kunstimuuseum). Dans un bâtiment ultramoderne construit à flanc de falaise, il présente les classiques et l’avant-garde de l’art et la peinture d’Estonie.

Non loin de là, l’Esplanade du Chant est une scène de concert en plein air. Ce site occupe une place particulière dans le cœur des Estoniens : en 1988, il vit naître la révolution chantante, ce mouvement dirigé contre le pouvoir soviétique, qui mena à l’indépendance des 3 pays baltes. La fête du chant et de la danse y bat son plein tous les 2 ans.

Enfin, pour découvrir les traditions estoniennes, cap sur le musée en plein air Rocca al Mare, situé dans un quartier côtier à l’ouest de la vieille ville. La vie traditionnelle des villages estoniens y est reconstituée et rejouée dans un parc forestier. Près de 80 bâtiments des deux derniers siècles sont recréés : fermes, moulins, école, chapelle, cabanes de pêcheurs… Des démonstrations des métiers anciens sont faites en costumes nationaux.

Fiche pratique

Retrouvez les infos pratiques, bons plans et adresses dans le Routard Pays baltes : Tallinn, Riga, Vilnius en librairie

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Office de tourisme d’Estonie

Comment y aller ?

3 h de vol au départ de Paris-Charles-de-Gaulle avec Air Baltic. 2 à 3 vols directs par semaine. Trouvez votre billet d'avion.

Où dormir ?

- Cru Hotel : Viru 8. Dans une rue piétonne et très animée de la ville basse, à deux pas de deux tours de fortifications et d’un marché au tricot. Cette ancienne demeure marchande du 14e s. a tout le charme d’une maison ancienne, avec couloirs, coursives, recoins biscornus, enfilades d’escaliers et poutres apparentes. Le charme médiéval n’empêche en rien le confort, au top. Des harengs fumés sont à la table du petit déjeuner.

Au rez-de-chaussée, dans un décor feutré, le Cru est une pépite gastronomique, l’un des restaurants les plus réputés de la ville, et pour cause : son chef a représenté l’Estonie en finale des Bocuse d’Or !

Où manger ?

- Katharinenthal : A. Weizenbergi 22. Dans un pavillon de 1776, un café-restaurant historique dans le quartier arboré du parc de Kadriog, non loin de l’étang aux Cygnes. Agréable terrasse sur le parc en été. Plats maîtrisés (filets de perche, légumes de saison, pain noir…) et excellentes pâtisseries maison.

- Pegasus : Harju 1. Au cœur de la vieille ville, dans un bâtiment de l’ère soviétique (impossible à manquer avec ses hublots), une déco cosy tout droit sortie des années 1960 et un mobilier design : voyage dans le temps assuré ! Dans l’assiette, une belle cuisine estonienne à base de produits simples et locaux, des plats créatifs présentés avec goût. Tout est fait maison, y compris le pain noir, réputé pour être l’un des meilleurs de la ville. La baie vitrée donne sur l’église Saint-Nicolas. Aussi un bar à cocktails.

- Frenchy : Telliskivi 60a B Hoone. Dans le quartier alternatif de Telliskivi, un restaurant français tenu par un couple franco-estonien. Dans une déco design tendance récup’ et une ambiance bistrot, les classiques de la gastronomie tricolore sont accompagnés de vins français. Les produits sont importés directement de France, certains en provenance de Rungis.

Où boire un verre et déguster une gourmandise ?

- Café Maiasmokk : 16, rue Pikk. Le plus vieux café de Tallinn, qui distribue ses douceurs depuis 1864. Le décor de ce café historique n’a pas changé depuis lors : plafond, boiseries, petit train électrique en vitrine… Sa spécialité : le massepain, ce mélange de pâte d’amande, de sucre glace et de blanc d’œuf, préparé en Estonie depuis le Moyen Âge. On peut même voir des artisans travailler à la décoration de figurines de massepain : un travail d’orfèvre ! Belle vitrine de pâtisseries maison et de bonbons.

Où sortir ?

- Club Hollywood : Vana Posti 8. Dans la vieille ville, la boîte la plus ancienne de Tallinn se la joue derrière les colonnades d’un ancien théâtre. On se déhanche devant l’un des plus grands écrans du pays. Le mercredi, c’est la « Ladies Night » : c’est gratuit pour la gent féminine.

- Amigo : Viru väljak 4. Aux portes de la vieille ville, la boîte de nuit du Sokos Hotel Viru, fréquentée par les Tallinnois et par les clients finlandais de l’établissement, par des étudiants, des touristes et des hommes d’affaires, le tout formant un joyeux melting-pot, globalement plus âgé qu’au Club Hollywood. Outre les classiques DJ sets, certains soirs, de célèbres groupes estoniens donnent des concerts de musique live.

Commencez votre voyage en musique, écoutez notre playlist Routard Pays baltes.

Playlist Routard Pays baltes

Texte : Marie Borgers

Mise en ligne :

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