En Catalogne, autour de Barcelone

En Catalogne, autour de Barcelone
Monastère de Montserrat © Neonyn - Fotolia

La capitale catalane est un aimant qui attire des millions de touristes n’ayant d’yeux que pour elle. Pourtant, de nombreux sites, facilement accessibles à moins d’une heure de la Sagrada Família, méritent le détour : Sitges, station balnéaire branchée et élégante ; la Colonia Güell et son église signée Gaudí ; Terrassa et son riche patrimoine industriel esthétisant ; le monastère de Montserrat et son superbe cadre naturel ; Vilafranca del Penedès et ses vins. Barcelone, c'est aussi une région à explorer !

Sitges, un air d’Amérique

Sitges, un air d’Amérique
Sitges © Nejron Photo - Fotolia

Située sur le littoral à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Barcelone, Sitges est célèbre pour sa vingtaine de plages, ses 300 jours de soleil par an et son ambiance animée, très gay friendly. Elle est  peut-être moins connue pour son patrimoine architectural, culturel et historique… pourtant très riche!

La localité s’est développée grâce au décret de 1778, signé par Charles III, qui encourageait les liaisons maritimes entre le petit port de pêche et les Amériques. Ce qui incita des habitants à tenter leur chance par-delà l’océan Atlantique. Des décennies plus tard, certains, surnommés « les Américains » ou « les Indianos », revinrent au pays et se firent bâtir des demeures somptueuses. Au fil des rues, on admire des maisons de style colonial ou moderniste, agrémentées de tourelles, balcons en fer forgé, palmiers et bougainvilliers...

Sitges en compte environ 80, souvent transformées en hôtels de charme. À découvrir le nez au vent, au cours d'une balade dans le centre-ville (dans la calle Isla de Cuba, par exemple), ou lors d’une visite guidée thématique organisée par l’office de tourisme.

Sitges est également le berceau de l’école des luministes : des peintres attirés par sa lumière, comme l’artiste Santiago Rusiñol, établi ici à partir de 1894 et grand animateur de la vie culturelle. Il recevait des amis intellectuels et artistes modernistes dans sa demeure-atelier appelée Cau Ferrat. Elle se visite aujourd’hui telle qu’elle était alors : le peintre avait en effet demandé qu’après sa mort, survenue en 1931, son « antre » foisonnant et atypique soit ouvert au public en l’état. Afin d’exposer ses créations, mais aussi ses nombreuses collections, très éclectiques.

Passionné d’artisanat espagnol, il achetait beaucoup de céramiques, verres, pièces en fer forgé (serrures, candélabres, enseignes), pour conserver les traces de ces savoir-faire traditionnels face à la révolution industrielle galopante. Dans son cabinet de travail, sont accrochés au mur quatre petits dessins et un tableau de Picasso encore très jeune. Dans le vaste salon, surmonté d’une impressionnante charpente, se trouvent des toiles en grands formats et deux tableaux d’El Greco.

L’entrée au musée Cau Ferrat est couplée avec celle du musée Maricel attenant. Sur trois étages, l’ancien hôpital de Sant Joan, du 14e siècle, présente des œuvres gothiques, Renaissance, baroques, romantiques, modernistes et luministes. Au rez-de-chaussée, il ne faut surtout pas manquer la superbe salle dont les baies vitrées donnent directement sur la mer, comme si on était sur un bateau.

Colonia Güell, revoici Gaudí

Colonia Güell, revoici Gaudí
Eglise de la Colonia Güell © gertbunt - Fotolia

La Colonia Güell a été fondée en 1890 par l’industriel Eusebi Güell, sur ses terres de Santa Coloma de Cervelló, aux portes de Barcelone (20 min en train depuis Plaça-Espanya).

Pour concevoir son usine textile et le village autour, il a fait appel à des architectes comme Francesc Berenguer et Joan Rubió, ou Antoni Gaudí en charge de l’église. Celle-ci est restée inachevée, mais c’est le seul édifice de la colonie qui se visite.

Elle a permis à Gaudí de progresser dans son travail : il a planché pendant dix ans sur le sujet, avant de poser la première pierre en 1908, et a réussi à trouver des solutions novatrices, comme les formes paraboliques et hyperboliques. Selon lui, c’était, en quelque sorte, une maquette géante de la Sagrada Família.

Il faut dire que son projet pour la Colonia Güell, qu’il a abandonné en 1914 sans raison connue, était fort ambitieux : il avait prévu deux nefs l’une sur l’autre, une tour-lanterne de 40 m de haut et des tours latérales. Seuls le porche et la nef inférieure ont été bâtis, avec du basalte, de la brique et du ciment. Pour décorer la crypte, désormais inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, il utilisa de la céramique vitrifiée et des vitraux représentant des fleurs colorées.

La Colonia n’est pas un lieu sans vie, malgré l’arrêt de la transformation du coton en 1973, qui a laissé place, aujourd’hui, à des bureaux et des entreprises variées. Les différentes maisons, aux murs souvent en brique, sont encore habitées et la jolie place à la fontaine est toujours bordée par un théâtre et un café.

Car la colonie était pensée selon une urbanisation rationaliste, où les ouvriers trouvaient tout sur place : la culture, l’école pour leurs enfants (actuellement installée dans un petit manoir néogothique) et le médecin, qui veillait à leur bonne santé, ce qui permettait, au passage, de faire baisser l’absentéisme…

Terrassa, le charme désuet de l’industrie

Terrassa, le charme désuet de l’industrie
Masia Freixa © Santi Rodríguez - Fotolia

Au premier abord, Terrassa, ville de plus de 200 000 habitants, n’a pas l’air très attrayante, avec ses voies rapides, barres d’immeubles et zones industrielles. Ne la surnomme-t-on pas la cité des cheminées ?

Elle en compte une vingtaine toujours debout, rappelant qu’au 19e siècle, la commune était à l’avant-garde de la révolution industrielle en Catalogne : elle produisait, par exemple, 80 % de la laine espagnole. Un patrimoine aujourd’hui bien restauré, jusque dans le centre-ville, en partie piéton, qui se révèle très agréable et plein de surprises.

À commencer par la Masia Freixa, étrange bâtisse blanche qui ressemble un peu à une maison de Schtroumpf, avec ses courbes et arrondis. À l’origine, en 1889, ce devait être un « vapor », une usine fonctionnant avec des machines à vapeur, destinée à produire de la laine d’alpaga. Mais le lieu fut transformé, environ 20 ans plus tard, en demeure familiale par le propriétaire.

Tous ces travaux furent supervisés par le « Gaudí de Terrassa », l’architecte Lluís Muncunill, influencé par son célèbre confrère barcelonais. Déclinant le modernisme jusque dans les moindres détails, il s’inspira de la nature pour dessiner les plans, mais aussi les charnières de portes en forme de papillon ou les portemanteaux évoquant des champignons. Aujourd’hui, l’édifice accueille, notamment, l’office de tourisme.

L’autre fleuron architectural de Terrassa, c’est le musée des sciences et techniques de Catalogne, ou mNACTEC. Il a ouvert en 1990 dans une ancienne usine qui transformait la laine brute en vêtements : pour obtenir 5 kg de fils de laine, il fallait tondre 40 moutons, originaires de Castille ou d’Estremadure.

Cette immense fabrique, baptisée Vapor Aymerich, Amat i Jover (du nom des trois propriétaires), fut conçue par Lluís Muncunill en 1908 et fonctionna jusqu’en 1976. Elle abrite désormais des expositions présentant l’histoire du site, à travers des photos et du matériel d’époque, comme les impressionnants métiers à tisser. D’autres parties du musée montrent des modèles anciens d’avions, voitures et motos, ou se focalisent sur la chimie, l’astronomie, l’énergie, etc. À la fois didactique et passionnant !

Montserrat, monts et merveilles

Montserrat, monts et merveilles
Monastère de Montserrat © Sergii Figurnyi - Fotolia

Montserrat, dont le nom signifie "montagne en dent de scie", est une fantaisie de roches que Goethe, entre autres, admirait. Un massif mythique, époustouflant de beauté, qui évoque, à première vue, le Vercors et les Météores grecques.

Sur 10 km de long et 5 km de large, le relief, culminant à 1 236 m, est constitué de ciment calcaire naturel, avec des fragments de quartz, ardoise et porphyre. Torturé et usé par les éléments, il prend des formes fantasmagoriques : éléphant, momie, personnage au ventre rebondi… au milieu d’une végétation de chênes verts, d’ifs et de 1 500 espèces de plantes méditerranéennes.

Devant un site aussi exceptionnel, il n’est guère étonnant que les hommes aient voulu l’associer à leur dieu. À 700 m d’altitude, ils ont accroché, au bord du vide, un monastère qui remonte au 11e siècle, mais dont les bâtiments restants sont beaucoup plus récents, fusion de styles et d’époques.

La basilique, à la fois gothique et Renaissance, fut consacrée en 1592, puis remaniée à la fin du 19e siècle. Elle est dédiée à la Sainte image de la Vierge noire de Montserrat, vénérée par les Catalans, dont elle est la patronne depuis 1881.

La statue mariale, en bois polychrome du 12e siècle, est surnommée la Moreneta ou « petite brune » : elle présente, en effet, un visage et des mains sombres. Celle de droite est baisée ou touchée par les myriades de pèlerins qui défilent pieusement devant elle, posée sur son trône d’argent (datant de 1947).

Les croyants suivent aussi le chemin de croix et rendent visite à la chapelle troglodytique Santa Cova, ou « sainte grotte », achevée au début du 18e siècle, là où de jeunes bergers auraient découvert, en 888, la Sainte image de la Vierge. La montagne est parsemée d’édifices religieux, ermitages, rosaires, etc.

C’est également un haut lieu d’escalade et de randonnée, avec des panoramas à couper le souffle (et pas seulement à cause du dénivelé !) sur la plaine et les reliefs environnants, jusqu’à la mer par temps clair.

Pour vraiment profiter de toutes ces splendeurs sans l’affluence touristique, l’idéal est de dormir sur place : à l’hôtel Abat Cisneros, dans des appartements appelés « cellules Abat Marcet » (deux nuits minimum), au camping ou dans les dortoirs des pèlerins. À la clé, de somptueux couchers et levers du soleil…

Vilafranca del Penedes, capitale du vin

Vilafranca del Penedes, capitale du vin
Basilique Sainte-Marie © Marek - Fotolia

Vilafranca del Penedès, petite cité de 40 000 habitants, est réputée pour ses vignobles, qui produisent, en particulier, le vin cava selon la méthode champenoise.

Près de l’imposante basilique Sainte-Marie, a donc logiquement ouvert le musée des cultures du vin en Catalogne, appelé Vinseum et installé dans le palais médiéval des rois d’Aragon. Il va s’agrandir dans les prochaines années, car seules 500 pièces sur les 19 000 que comptent les collections sont actuellement exposées. La muséographie, moderne et ludique, présente des photos, tableaux, documents audio ou vidéo, ainsi que de nombreux outils et autres objets en rapport avec la vigne.

L’histoire de la viticulture dans la région est racontée avec pédagogie. Comme les ravages du phylloxera à la fin du 19e siècle, qui poussèrent les vignerons à miser sur la qualité plutôt que la quantité, et donc à s'intéresser à l'œnologie.

À ce propos, la visite se termine avec un passage par la boutique aux nombreuses références de crus catalans et par une dégustation incluse dans le prix du billet, dans la petite taverne du musée. 

Fiche pratique

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Pour préparer votre voyage, consulter notre guide en ligne Catalogne

Office du tourisme de Catalogne

Office du tourisme de Sitges

Office du tourisme de Terrassa

Office du tourisme de Vilafranca del Penedès

Comment y aller ?

Train avec RENFE-SNCF ou vols directs vers Barcelone au départ de la France avec Air France, Iberia, Air Europa, Vueling, EasyJet, Volotea… Trouvez votre billet d’avion.

- Pour Sitges : bus depuis l’aéroport  (30 min) et Barcelone (Pl. Universitat et pl ; Espanya, 1 h) ; train depuis Barcelona Sants et Passeig de Gracia (35-40 min)

- Pour Colonia Güell : train depuis Barcelone - Plaça Espanya (20 min)

- Pour Terrassa : train depuis Barcelone Sants (50 min) ou métro (ligne S1) depuis pl. Catalunya (50 min)

- Pour Montserrat : train depuis Barcelone – pl. Espanya (1 h 10) puis téléphérique à Aeri de Montserrat ou train à crémaillère à Monstrol de Montserrat.

- Pour Vilafranca del Penedes : train depuis Barcelone Sants (1 h)

Où dormir ?

- Hôtel Romàntic : Carrer de Sant Isidre 33, à Sitges. Tél. : +34 93 8948375. Chambre double : à partir de 54 €. En plein centre historique, l’hôtel, qui porte bien son nom, occupe deux villas du 19e siècle, de style moderniste. Elles avaient été construites par des « Américains » une fois revenus au bercail, ces enfants du pays partis faire fortune de l’autre côté de l’Atlantique. Les 32 chambres constituent de petits cocons douillets au charme rétro, à l’instar de l’adorable bar, avec céramiques colorées, luminaires Art déco et ventilo, qui donne sur le non moins séduisant jardin où poussent palmiers et chèvrefeuille.

- B&B 1900 : Carrer Pantà 33, à Terrassa. Tél. : +34 636 97 02 29. Chambre double : à partir de 60 € avec petit déj. Cette maison de 1888 invite à un agréable voyage dans le temps. Normal, Marta, l’accueillante maîtresse des lieux francophone, est antiquaire… Elle a mis beaucoup de soin et de goût dans la décoration de ses six chambres, cosy et toutes différentes, avec salle de bain et toilettes privatives. Elles sont réparties à l’étage, desservi par un superbe escalier monumental. Dans de beaux volumes, le modernisme catalan et l’Art nouveau s’épanouissent à travers les têtes de lit, miroirs et autres jolis meubles. Le petit jardin fleuri à l’arrière offre un cadre idéal pour lézarder ou prendre le petit déjeuner.

Où manger ?

- La Salseta : Carrer Sant Pau 35, à Sitges. Tél. : +34 938 11 04 19. Tous les jours, sauf dimanche soir et lundi, de 13 h 15 à 15 h 30 et de 20 h 30 à 23 h 30. Environ 35 € à la carte. Voici une adresse en or, mais pas bling-bling. Discrètement installée dans une petite rue du centre ancien, le restaurant propose une gastronomie originale et raffinée, en phase avec le mouvement slow food : ceviche de poisson, paëlla aux fruits de mer, tartare de veau, tataki de thon, terrine de canard local avec foie gras... Les cuissons s’avèrent parfaites et la présentation des plats très soignée, dans une belle vaisselle artisanale.

- La Terrassa del Museu : Rambla d’Egara 270, à Terrassa. Tél. : +34 937 89 44 43. Du mardi au dimanche de 13 h à 16 h, plus jeudi, vendredi et samedi de 20 h 30 à 23 h 30. Menus 12,30 € (le midi) et 20 €. Le premier atout du restaurant, comme son nom l’indique, c’est sa terrasse, sur les toits du passionnant musée des sciences et techniques. Elle donne sur une impressionnante mer de voûtes en brique couvrant l’ancienne usine. À défaut de hauts fourneaux, c’est une cuisine fusion qui revisite les classiques locaux : maki de terregada (saucisse noire de la région), salade de fromage mató avec du miel ou encore escalivade (sorte de ratatouille catalane). Parfait pour reprendre des forces après la visite !

 

Texte : Stéphanie Condis

Mise en ligne :

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