Quelques précautions simples pour garder la forme… Le bon sens est
encore la meilleure des préventions possibles. Tout le monde sait qu’il faut
se méfier des premières expositions au soleil, qu’il ne faut pas plonger sans
transition dans une eau froide, qu’il faut éviter de boire l’eau non traitée
dans les pays tropicaux… Plus on s’éloigne des normes des pays industrialisés,
plus la vigilance s’impose. Mais il ne faut pas penser que de méchantes bêtes
vont se jeter sur vous dès que vous passerez la frontière ! Heureusement,
la plupart des voyageurs gardent la forme. Encore faut-il y mettre du sien et
respecter les précautions élémentaires. Nous avons essayé, dans ce chapitre,
d’envisager toutes les petites et grandes misères du voyageur. Celui qui part
en Scandinavie n’a pas grand profit à en tirer. Mais celui qui part en Inde
ou en Afrique noire a tout intérêt à étudier sérieusement la question…Pour tout
ce qui concerne la santé sous les tropiques, on s’est rendu compte que beaucoup
de préjugés et d’idées fausses envahissaient l’esprit des voyageurs. Pour couper
court à tout ça, on a fait appel à un ami, le docteur Alain Fisch. Ses titres :
Médecin des Hôpitaux, Chef de Service des Urgences de Médecine Tropicale. Outre
le fait qu’il est spécialiste en la matière, il a aussi énormément voyagé. Attention :
pas de panique à la lecture (attentive) du chapitre qui suit. Celui-ci n’a pour
but que d’améliorer les conditions de votre voyage et en aucun cas de vous angoisser
sur ses risques potentiels. Nous savons trop bien que le voyageur anxieux deviendra
très vite un voyageur malade…
Comme le risque est le produit de l’ignorance par le hasard, ce
chapitre vous donnera toutes les informations sanitaires nécessaires à votre
voyage ; restera donc le hasard : mais le routard sait s’en accommoder…
Il y a, à partir de la France, 2,5 à 3 millions de personnes qui se rendent
chaque année dans un pays tropical. On imagine aisément que seule une toute
petite proportion d’entre eux reviendra malade. Pour ces rares malchanceux,
nous sommes en mesure aujourd’hui de promettre à la quasi-totalité une guérison
rapide et définitive : les progrès médicaux ont été tels que presque toutes
les maladies contractées par les voyageurs se guérissent avec des moyens simples
et d’une efficacité majeure. La seule contrainte qui incombe au voyageur malade
est de savoir consulter rapidement, en particulier devant certains symptômes
qui doivent donner l’alarme et qui sont, bien entendu, décrits ci-après.
On ne peut pas être plus rassurant. Bon voyage.
Il y a des gens qui imaginent, dès qu'ils quittent leur pavillon,
leur bus et leur supermarché, pour se rendre dans un pays tropical, que tout
un tas de bestioles bizarres vont leur sauter dessus, que des parasites absurdes
vont s'infiltrer dans leur nourriture, que des virus improbables vont contaminer
l'air qu'ils respirent, leur communiquant des maladies épouvantables que seuls
reconnaîtront à l'autopsie quelques rares spécialistes.
Il y a des gens, heureusement, qui savent sillonner la planète et connaissent
la hiérarchie des risques.
Le 1er risque : l’homme et ses machines
Les moyens de transports terrestres constituent une des grandes causes
d'interruption involontaire des voyages : le taxi-brousse contenant 20 personnes
et l'équivalent en bagages sur le toit, aux pneus lisses, qui descend les côtes
par temps de pluie, moteur éteint pour économiser l'essence, conduit par un
chauffeur ayant abusé de la bière locale et bourré de cola pour rester éveillé
et mieux voir les trous dans la route, les ponts qui n'existent plus et les
buffles qui traversent...
A tel point que l'on peut se demander si les transports aériens ne sont pas
plus sûrs, même s'ils ont lieu sur des coucous qui, normalement, occuperaient
une place de choix dans un musée de l'aéronautique.
Et les hommes, ce sont aussi les guerres, les guérillas, les émeutes, le banditisme...
Le 2e risque : les insectes
– Le moustique anophèle qui transmet le paludisme. Le moustique Aedes
qui transmet la fièvre jaune en Afrique et en Amérique du Sud.
– La mouche Tsé-Tsé (glossine) qui transmet la maladie du sommeil (Afrique).
– Des sortes de punaises (réduves) qui transmettent en Amérique latine la maladie
de Chagas.
– Les phlébotomes, petits insectes velus, qui transmettent les leishmanioses
(zone intertropicale, mais aussi pourtour méditerranéen, Moyen Orient, Chine).
– Divers moustiques et taons qui transmettent les filarioses (lymphatique, loase...),
etc .
Par delà ces maladies, les insectes peuvent aussi gâcher votre voyage : les
moustiques qui vous empêchent de dormir, certains papillons (Afrique centrale,
Guyane) qui répandent sur vous ou sur vos draps leurs fléchettes empoisonnées,
les chenilles qui vous brûlent la peau, certaines araignées dont on n'oublie
jamais la rencontre, les guêpes " tueuses " qui attaquent avec un
bruit d'hélicoptère, etc...
Le 3e risque : l’alimentation
Le voyageur tropical arrive d'un pays dans lequel tous les aliments
sont contrôlés, aseptisés : nous sommes donc peu habitués aux toxines des aliments
mal conservés, aux shigelles des ragoûts et aux amibes des salades.
La moindre toxine, la moindre bactérie, déclenchera chez le voyageur une diarrhée
(turista) aussi banale qu'inévitable. Mais le péril alimentaire ne se limite
pas à ce simple inconfort : de nombreuses et parfois sévères maladies sont véhiculées
par les aliments. Ceci vient le plus souvent du fait que se croisent deux chaînes
qui ne devraient jamais se rencontrer : la chaîne alimentaire et la chaîne des
excréments humains. Ce croisement, c'est l'eau souillée (que l'on boit ou qui
sert à arroser les légumes) et les mains sales (qui manipulent les aliments).
C'est ainsi que l'on peut attraper :
– le choléra ;
– la fièvre typhoïde et autres salmonelloses ;
– les shigelloses et autres infections bactériennes alimentaires ;
– l'amibiase et la giardiase (ou lambliase) ;
– l'hépatite virale A ou E, la poliomyélite, etc..
La fréquence de ces maladies liées à l'alimentation est d'autant
plus élevée que :
– le niveau d'hygiène est plus bas ;
– la concentration humaine est plus grande ;
– la disponibilité en eau est plus faible.
Pour plus d'informations sur les dangers de l'eau, merci de consulter notre dossier sur l'eau en voyage.
Mais le voyageur doit bien savoir que l'apparence de modernité ne
met pas à l'abri de telles maladies :
Mieux vaut souvent aller manger dans un boui-boui ou un village de brousse où
l'on respecte certaines traditions culinaires, même approximatives, que dans
un hôtel-restaurant " de luxe " où, derrière, dans les cuisines, on
ne respecte aucune tradition et où l'on ne maîtrise pas encore les nouveaux
comportements de la cuisine collective moderne.
A cet égard, il faut citer la congélation qui crée de graves problèmes dans
les pays chauds .
Lorsqu'un produit congelé est décongelé, il ne doit jamais être recongelé (risque
infectieux majeur). Que pensez-vous que décidera le gérant d'un restaurant "
moderne ", à propos de son congélateur bourré de vivres à l'issue de la
panne de courant qui survient un jour sur deux ?
Les risques suivants sont liés à différentes activités humaines :
– La bilharzioze (ou plutôt les bilharziozes : parasites à pénétration cutanée
allant se loger soit dans l'intestin et le foie soit dans l'appareil uro-génital)
; que l'on peut attraper en se baignant dans les eaux douces stagnantes ou en
marchant pieds nus sur un sol inondé.
– Les brûlures liées à l'exposition solaire.
– Les maladies sexuellement transmises et le SIDA, qui ne s'attrapent pas en
buvant dans un verre sale...
– La rage et les autres maladies transmises par contact avec les chiens (hydatidose,
toxocarose...).
– Le " coup de chaleur " en cas d'efforts physiques inconsidérés en
plein soleil.
Consultations de voyage
En plus de votre médecin généraliste, des consultations de voyage
se tiennent à votre disposition dans de nombreux hôpitaux ; en plus des
100 centres de vaccination internationaux actifs en métropole, il y a au
moins un service de Maladies Infectieuses et Tropicales dans chaque C.H.U. En
Région parisienne, vous pouvez vous adresser à plusieurs consultations. Consulter
avant vaut mieux que consulter après… D’autant que :
– Vous avez sans doute besoin de vaccinations,
ou de rappels.
– Vous avez besoin d’une prescription de médicaments :
certains médicaments, en particulier contre le paludisme, ne sont délivrés que
sur ordonnance.
– Vous avez peut-être besoin d’un « check-up »
avant de vous retrouver dans des contrées médicalement désertiques.
– Si vous avez déjà, avant le voyage, un problème
de santé, la consultation est absolument impérative, vitale : par exemple,
si vous êtes diabétique, cardiaque, atteint d’une maladie chronique pulmonaire
ou intestinale, porteur du virus VIH, etc., les problèmes du voyage deviennent
extrêmement complexes ; ils ne sont pas cependant insurmontables, sous
réserve que tous les précautions et conseils soient pris auprès d’un spécialiste.
– Enfin, les médecins tropicalistes qui travaillent
dans ces services vous feront profiter non seulement de leurs connaissances
médicales, mais aussi de leur pratique des pays dans lesquels vous allez voyager :
ils pourront vous parler des épidémies récentes ou en cours, des récents changements
de la résistance du paludisme, vous communiquer l’adresse sur place de confrères
qu’ils connaissent, vous dire que faire devant tel ou tel type de diarrhée,
etc.