Par rapport aux autres modes de locomotion, le bateau paraît très
onéreux. Malgré tout, le bateau étant un moyen de transport très particulier,
y compris dans la « philosophie du voyage », il n’est peut-être pas
toujours judicieux de vouloir systématiquement comparer les prix.
Le cargo
Pour beaucoup, le voyage en cargo est encore lié à l’image du passager
voyageant dans une modeste cabine et devant payer sa traversée par son travail
à bord. Tout cela est définitivement terminé. De nos jours, les navires embarquant
des passagers disposent de cabines luxueuses et de services de qualité ;
normal quand on sait que certains cargos mixtes peuvent accueillir plus de 200 passagers.
Bien entendu, on ne peut comparer les prix à ceux par exemple de l’avion, car
il ne faut pas oublier qu’en cargo, en plus du transport, on dispose du gîte
et du couvert, et d’une franchise bagages de 150 kg. Mais au-delà des questions
financières, le voyage en cargo demeure avant tout une expérience originale,
sinon inoubliable. Dans la pratique, si l’on peut espérer voyager sur certaines
lignes avec un budget de 25 à 30 US $ (20 à 25 €) par jour,
la moyenne se situe plutôt autour de 100 US $ (70 €). À savoir
aussi que, comme pour l’avion, il peut exister des tarifs basse et haute saison,
des prix spéciaux pour embarquements de dernière minute ou même en « période
de tempêtes ». La souscription d’une assurance couvrant le risque de déroutement
pour débarquement du passager en cas de maladie ou autres problèmes graves peut
être aussi exigée par certaines compagnies. Comme dans les aéroports, le voyageur
aura à payer des taxes dans les ports. D’un montant très variable (jusqu’à 100 US $
- 70 €), celles-ci sont également à prévoir au budget. Les destinations
possibles sont multiples et variées. Ne pas oublier que le voyage en cargo est
fait pour les gens peu pressés (il arrive parfois que l’on reste un ou deux
jours de plus que prévu à l’escale ; une occasion pour visiter alors l’arrière-pays…).
– Pour tout savoir sur le sujet, à lire : Le Guide des voyages
en cargo, Éd. Lattès, 332 pages.
– Pour concrétiser ses choix, une seule agence française spécialisée : Mer et Voyages, 9, rue Notre-Dame-des-Victoires, 75002 Paris. Tel : 01-49-26-93-33. Fax : 01-42-96-29-39. E-mail : mer.et.voyage@wanadoo.fr.
– Et pour les fanas, une excellente adresse : le Club des voyageurs
en cargo, à la librairie Ulysse, 26, rue Saint-Louis-en-l’Ile,
75004 Paris. Réunions le 1er mercredi de chaque mois à
18 h 30. Apporter à boire et à manger ! Tel : 01-43-25-17-35.
M. : Pont-Marie.
Durée de quelques traversées
– Antilles : 10 jours.
– Haïti : 18 jours.
– Hong-Kong : 31 à 35 jours.
– Los Angeles : 20 jours.
– Mexique : 19 jours.
– New York : 8 jours.
– Singapour : 28 à 30 jours.
– Valparaiso : 35 jours.
– Et… le tour du monde : 90 jours environ.
Les ferries
Nombreuses opportunités de traversées en tous genres, y compris et
surtout en Europe. Comme pour l’avion, on retrouve bien sûr toute la gamme de
prestations et de réductions habituelles. Renseignements auprès des agences
de voyages, qui commercialisent pour la plupart les principales possibilités.
Si vous faites du stop, n’hésitez pas à entrer en contact avec des gens qui
ont des voitures. Un peu de doigté et de délicatesse, et vous n’aurez aucune
difficulté à trouver quelqu’un pour vous conduire. En effet, les chances de
vous faire prendre lors du débarquement sont très faibles, d’autant plus que
vous ne serez pas le seul stoppeur. Demandez aux gens et vos chances augmenteront !
Enfin, sur certaines lignes de ferry ou de bateau, les camionneurs ont droit
à un passager-cabine voyageant gratuitement. Tentez votre chance (sur Le Havre-Rosslare,
en Irlande, notamment).
Le travail à bord
C’est une de ces vérités devenues légendes depuis un certain temps
déjà. Avec la crise de l’emploi qui sévit actuellement dans l’industrie navale,
nul n’est autorisé à travailler sur un bateau (même pour payer son voyage) s’il
n’est pas « inscrit maritime ». Actuellement, il est possible de faire
partie du personnel hôtelier sur un bateau de croisière. Point n’est besoin
de références extraordinaires pour être femme de chambre ou garçon de cabine.
Il faut au moins connaître l’anglais ou l’allemand. Une fois dans la place,
on peut monter en grade et être repris chaque fois plus facilement. En Europe,
quatre compagnies maritimes embauchent du personnel pour leurs croisières :
– Royal Viking Line : à Oslo.
– Norwegischie Amerika Line : 2 Hamburg 1, Nelierwall
54.
– Holland America Line : Willeeminakade, Rotterdam.
– Hapag-Lloyd : Aktiengellschaft Postfach 102626, Ballindamm
25, Hamburg, 1.
Le bateau-stop
Une solution beaucoup moins utopique est de s’embarquer à bord d’un
bateau. En flânant dans les ports de plaisance, vous pouvez avec un peu de chance
voyager sur un yacht. Discutez avec les personnes du port (matelots, responsables
des bassins…). Avec de la diplomatie et de l’habileté, tout est possible. Le
bateau-stop n’a finalement de commun avec l’auto-stop que la fin de l’expression.
Avis aux stoppeurs !
Les équipiers et les propriétaires
Les histoires d’équipiers font user beaucoup de salive aux propriétaires
pendant les escales, et les font beaucoup ruminer entre. Le contraire sera certainement
mieux pour tout le monde. Essayons de clarifier notre pensée.
Il y a plusieurs catégories d’« équipiers » (d’où les guillemets).
1. Les vrais, les professionnels connaissant la mer. Il y a encore une dizaine
d’années, ils se faisaient bien payer pour entreprendre une traversée. Ils ont
de plus en plus de mal à vivre depuis la prolifération des autres catégories
qui ne sont pas tous des amateurs.
2. Dans cette catégorie nous rangeons les amoureux de la mer, qui ont une bonne
expérience de la voile. Ils cherchent à se faire embarquer pour naviguer, considérant
le point de chute du bateau comme secondaire. Ceux-là paient leur repas, acceptent
même de donner plus en fonction de leur budget, parce qu’ils prennent leur pied
en bateau. Ils participent, comme les premiers, à la conduite du navire.
3. Il y a ensuite les « équipiers » qui, volontairement ou non, sont
malhonnêtes de se présenter comme tels. C’est seulement la destination du bateau
qui les intéresse. Ils sont novices, mais croient ne plus l’être parce qu’ils
sont montés trois heures sur un Vaurien. Ils ne souffrent ni le vent ni les
embruns et passent leur journée à bouquiner. S’ils ne paient que leur repas,
ils rendent rapidement le propriétaire de très mauvaise humeur parce que celui-ci
se lasse de leur demander de faire la vaisselle et se dit que, décidément, il
ne dormira pas plus s’il compte sur eux pour tenir la barre, une partie de la
nuit. S’ils ont payé plus que le repas, ils se croient rapidement chez eux,
oubliant que le bateau est d’abord la maison du proprio. Ça ne vaut pas mieux
pour son humeur.
4. Il y a enfin des gens qui ne connaissent rien à la mer, qui l’avouent, mais
sont reconnaissants d’êtres transportés. Ils savent faire la vaisselle, et se
lient d’amitié avec le proprio.
Il existe aussi plusieurs sortes de proprios. La liste sera moins
exhaustive que la précédente. Cela dit, le terme proprio nous apparaît finalement
assez désagréable, mais nous n’en avons pas d’autre sous la plume.
1. Il y a ceux qui font du « charter ». Ils prennent des passagers
pour les promener ou les transporter, ne leur demandant pas de participer à
la navigation. Ces professionnels ont un bateau conçu pour donner aux passagers
une certaine indépendance. Leurs prix ne s’adressent pas aux routards.
2. Il y a les proprios qui embarquent des équipiers, pour dépanner ou pour la
rencontre. Suivant leurs moyens, ils demandent ou non une participation avec
repas. Ils repartent rapidement quand ils tombent sur la catégorie no 3 d’équipiers,
et tendent facilement à modifier leur conception du bateau-stop en parlant avec
l’espèce « en voie d’expansion ».
3. Dans cette catégorie, ils n’apprécient pas forcément la voile. Ils ont acquis
leur bateau sans connaître toutes les exigences de la mer. Ils ont compris qu’avec
les équipiers nos 2, ils peuvent arrondir leurs fins de mois
tout en prenant plus de repos pendant les traversées.
Conseils du capitaine Haddock
Il faut se choisir le plus possible entre passagers et proprios,
et préférer ne pas embarquer si on ne sent pas un minimum d’affinités.
Ça ne veut pas dire que si on a fait la fête deux soirs ensemble, la traversée
sera sans problèmes. Les gens sont de toute façon différents en mer. Les marins
disent souvent : « C’est sur un bateau que l’on perd ses meilleurs
amis. » Nous croyons que la survie de cette pratique dépend beaucoup des
stoppeurs. Si le trajet convenu commence par une petite étape, ça permet de
mieux se connaître avant de prendre le large.
Il faut bien se dire que lorsqu’on monte sur un bateau, on entre chez quelqu’un,
que la maison est vraiment petite et que tout le monde est gêné par la promiscuité.
Un proprio nous l’a confié : « Ils sont chez moi et je ne peux même
pas les foutre dehors. »
Une compensation affective bien connue, c’est la nourriture, encore faut-il
y penser avant le départ. Les conserves et le vin sont chers aux escales, mais
quelques folies sur le bateau sont chose à en arranger d’autres. Allez faire
vos achats avec le proprio, prévoyez large (en faisant attention aux denrées
périssables) et ne regardez pas trop à la dépense. Sur le bateau, on fait des
économies malgré soi. Le proprio a toujours des réserves ; même s’il en
parle, ne pas en tenir compte.
Le stock est « réservé », et on ne retrouve pas forcément sa marque
de cassoulet préféré au Brésil.
En contrepartie, il faut se méfier du proprio qui affirme : « Vous
me donnez tout, je sais ce qu’il faut, je m’occupe de tout. » On risque
fort de se retrouver au régime patates, œufs durs, pâtes, œufs au plat pendant
tout le voyage. Proprio numéro 3.
Fumeurs, videz vos cendriers et si le proprio ne fume pas, ne fumez que sur
le pont.
Les tarifs s’échelonnent généralement de 50 à 80 F par jour et par personne.
Si on estime ne pas avoir à payer, alors il faut se faire inviter. Si on ne
veut pas d’un proprio intéressé, il ne faut pas être intéressé par le lieu de
destination. Même si l’on paie (à moins que ce soit convenu avant), il faut
participer à la conduite du bateau. Il n’est pas nécessaire de sortir de Polytechnique
pour tenir une barre, mais c’est vite fatigant et astreignant. Ne pas déborder
d’initiative non plus si l’on n’y connaît rien. Les erreurs sur un voilier sont
parfois lourdes de conséquences.
Quelques traversées en bateau-stop
En voici quelques-unes (ce sont de grands classiques). Il y en a
évidemment d’autres. Ce sont des routes à sens unique, à cause de la direction
des vents dominants. Il faut tomber sur des masos pour les effectuer dans l’autre
sens.
On peut quitter la France d’à peu près tous les ports :
– Côte atlantique vers le Portugal ou côte méditerranéenne vers Gibraltar.
– Puis îles Canaries (port Las Palmas) vers Dakar.
– Ou îles Canaries vers îles du Cap-Vert.
– Ou îles Canaries vers la Mauritanie.
– Puis Dakar ou îles du Cap-Vert vers Brésil, Guyane ou Antilles.
Pour effectuer ce trajet, certains devront prendre un bateau-relais au Maroc.
Les ports de Casablanca et de Tanger sont les plus fréquentés. Mais leur accès
est rendu difficile par les scrupules de divers gardes et policiers de tout
poil.