Responsable, de quoi ?

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© Cristea George Emanoil | Dreamstime.com

Pour l’année 2015, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a estimé à 1 260 milliards de dollars les recettes du tourisme international dans le monde, pour 1,2 milliard de touristes. Cela ferait du tourisme la première industrie de la planète, avec 10% du PIB mondial. Le phénomène va croissant : en 2020, toujours selon l’OMT, plus de 1,8 milliards de touristes circuleront dans le monde.

Face à l’accroissement de la demande de voyages, l’offre explose elle aussi. Malgré la hausse inexorable du prix des carburants, le trafic aérien est en constante augmentation. Sur tous les continents, d’immenses complexes touristiques sont construits pour accueillir toujours plus de clients.

Enfin, avec l’avènement du phénomène low cost et des séjours à prix cassés sur Internet, de plus en plus de personnes qui n’en avaient jusque là pas les moyens peuvent s’offrir quelques jours de farniente sur une plage paradisiaque du bout du monde.

Mais voilà, tout cela n’est pas sans conséquences. Si le tourisme est une activité économique lucrative, mais aussi de préservation du patrimoine dans certains cas, il peut aussi avoir de réels impacts négatifs dont voici les principaux:

• Il contribue au réchauffement de la planète : le seul fait de prendre l’avion ou la voiture pour partir en voyage y participe. Selon un rapport de l’ONU, 4 à 6 % du total des émissions de gaz à effet de serre sont liées au tourisme. Parmi celles-ci, 40 % proviennent du transport aérien, 32 % des déplacements en voiture et 21 % sont le fait des hébergements touristiques.

• Le tourisme de masse provoque une forte pression écologique sur des sites souvent fragiles : augmentation de la consommation d’eau et d’électricité, accumulation des déchets, menace sur la biodiversité lorsque faune, flore et hommes ne cohabitent pas harmonieusement… On assiste ainsi à la destruction de récifs de coraux par les ancres des bateaux, à la disparition de mangroves au profit de complexes hôteliers géants, à la dégradation de montagnes pour y aménager des pistes de ski… Par ailleurs, face à l'afflux des touristes, certains sites patrimoniaux sont menacés, comme le Machu Picchu qui croule sous la surfréquentation (accès contingenté désormais), ou la grotte de Lascaux, fermée au public depuis 1963.

• Le développement du tourisme se fait parfois au détriment des populations locales : expropriations de territoires ancestraux pour y construire des complexes touristiques, acculturation et perte de repères ou, souvent en parallèle, folklorisation de coutumes qui sont vidées de leur sens pour «distraire» les touristes. On ne peut pas non plus ignorer que le tourisme est parfois source de travail forcé ou des enfants (l’Organisation mondiale du travail estime à 15 millions le nombre de jeunes de moins de 18 ans qui seraient employés dans le secteur du tourisme), sans oublier les ravages du tourisme sexuel.

• Ironie suprême, les populations locales ne profitent souvent même pas des retombées économiques du tourisme dans leur pays. Les capitaux engendrés au Sud fuient allègrement au Nord, directement dans les poches des transporteurs, voyagistes et chaînes hôtelières internationales qui empocheraient de 60 à 80 % des recettes. Il est souvent plus tentant de faire construire son hôtel par une entreprise occidentale, d’y envoyer des guides et employés déjà formés… En revanche, si l’on emploie des locaux, on les (sous-)paye bien entendu au tarif en vigueur dans le pays d’accueil !

Ce type de dérive n’est pas une fatalité, mais il appartient à chacun de prendre ses responsabilités pour ne pas les encourager. Il s’agit de repenser sa façon de voyager, pour faire en sorte de ne pas provoquer de déséquilibres, qu’ils soient écologiques ou sociaux. Et de redonner au voyage le sens qui en fait toute la richesse : une source de découvertes, de connaissance, d’échanges et d’enrichissement humain.

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© Zqfotography | Dreamstime.com

De plus en plus de personnes en ont pris conscience: selon une étude Harris Interactive pour Routard.com, 84% des Français déclarent avoir déjà entendu parler du tourisme responsable. 20% d’entre eux affirment même avoir déjà fait au moins un voyage responsable. Cependant, pour beaucoup d’entre eux, ce concept reste flou et à définir.

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