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Responsable, de quoi ?

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© Cristea George Emanoil | Dreamstime.com

Pour l’année 2006, l’Organisation mondiale du tourisme a estimé à 584 milliards d’euros les recettes du tourisme international dans le monde. Cela ferait du tourisme la première industrie de la planète. Le phénomène va croissant: en 2020, toujours selon l’OMT, plus d’un milliard et demi de touristes circuleront dans le monde.

Face à l’accroissement de la demande de voyages, l’offre explose elle aussi. Malgré la hausse inexorable du prix des carburants, le trafic aérien est en constante augmentation. Sur tous les continents, d’immenses complexes touristiques sont construits pour accueillir toujours plus de clients.

Enfin, avec l’avènement du phénomène low cost et des séjours à prix cassés sur Internet, de plus en plus de personnes qui n’en avaient jusque là pas les moyens peuvent s’offrir quelques jours de farniente sur une plage paradisiaque du bout du monde.

Mais voilà, tout cela n’est pas sans conséquences. Si le tourisme est une activité économique lucrative, il peut aussi avoir de réels impacts négatifs dont voici les principaux:

• Il contribue au réchauffement de la planète : le seul fait de prendre l’avion ou la voiture pour partir en voyage y participe. Selon un rapport de l’ONU, 4 à 6 % du total des émissions de gaz à effet de serre sont liées au tourisme. Parmi celles-ci, 40 % proviennent du transport aérien, 32 % des déplacements en voiture et 21 % sont le fait des hébergements touristiques.

• Le tourisme de masse provoque une forte pression écologique sur des sites souvent fragiles : augmentation de la consommation d’eau et d’électricité, accumulation des déchets, menace sur la biodiversité lorsque faune, flore et hommes ne cohabitent pas harmonieusement… On assiste ainsi à la destruction de récifs de coraux par les ancres des bateaux, à la disparition de mangroves au profit de complexes hôteliers géants, à la dégradation de montagnes pour y aménager des pistes de ski…

• Le développement du tourisme se fait parfois au détriment des populations locales : expropriations de territoires ancestraux pour y construire des complexes touristiques, acculturation et perte de repères ou, souvent en parallèle, folklorisation de coutumes qui sont vidées de leur sens pour «distraire» les touristes. On ne peut pas non plus ignorer que le tourisme est parfois source de travail forcé ou des enfants (l’Organisation mondiale du travail estime à 15 millions le nombre de jeunes de moins de 18 ans qui seraient employés dans le secteur du tourisme), sans oublier les ravages du tourisme sexuel (voir notre dossier tourisme_sexuel).

• Ironie suprême, les populations locales ne profitent souvent même pas des retombées économiques du tourisme dans leur pays. Les capitaux engendrés au Sud fuient allègrement au Nord, directement dans les poches des transporteurs, voyagistes et chaînes hôtelières internationales qui empocheraient de 60 à 80 % des recettes. Il est souvent plus tentant de faire construire son hôtel par une entreprise occidentale, d’y envoyer des guides et employés déjà formés… En revanche, si l’on emploie des locaux, on les (sous-) paye bien entendu au tarif en vigueur dans le pays d’accueil !

Ce type de dérive n’est pas une fatalité, mais il appartient à chacun de prendre ses responsabilités pour ne pas les encourager. Il s’agit de repenser sa façon de voyager, pour faire en sorte de ne pas provoquer de déséquilibres, qu’ils soient écologiques ou sociaux. Et de redonner au voyage le sens qui en fait toute la richesse: une source de découvertes, de connaissance, d’échanges et d’enrichissement humain.

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© Zqfotography | Dreamstime.com

De plus en plus de personnes en ont pris conscience: selon une étude TNS Sofres de 2008, près de 9 voyageurs français sur 10 sont intéressés par le concept de tourisme «responsable». Mais seulement 7 % disent l’avoir déjà pratiqué. Peut-être parce que le concept reste méconnu et que, puisqu’il met en jeu des facteurs avant tout humains, il reste complexe à définir.

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